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Publié par Fred Desk

Dessin Ara

Dessin Ara

S3 E34

 

L’urgence de notre monde grippé est de trouver un vaccin efficace et fiable contre la Covid-19. Le Royaume-Uni est le premier pays au monde à autoriser le vaccin du laboratoire américain Pfizer et de la firme allemande BioNTech. En France, on veut bien d’un vaccin, mais pas d’une piqûre à risques. D’après l’excellente revue saisonnière XXI, un Français sur trois a peur des vaccins, ce qui fait de notre pays le plus sceptique pour aller se faire inoculer. Or, les vaccins sauvent 2 à 3 millions de personnes chaque année, selon l’Organisation mondiale de la santé. Cela n’empêche pas l’OMS de s’inquiéter d’un « nationalisme vaccinal », alors que tous les laboratoires pharmaceutiques se battent pour être les premiers à mettre au point le vaccin salvateur. La recherche pour l’intérêt commun et celle du profit allant de pair, ces multinationales soutenues par les États, qui sont leurs premiers clients, vont faire « un pognon de dingue ».

 

Seringues et casseroles

 

XXI publie cet automne le dossier « Autopsie d’un vaccin », une remarquable « enquête sur la course entre labos, au risque de scandale sanitaire ». Voici son introduction aux allures d’orage cytokinique : « Est-ce qu’on ne devrait pas tester le vaccin contre le Covid-19 en Afrique ? » En avril, la proposition de Jean-Paul Mira, médecin à l’hôpital Cochin, déclenchait un tollé. Prendre les pauvres pour cobayes ? Ce n’est pas une nouveauté. La firme française Sanofi est accusée d’avoir causé la mort de centaines d’enfants aux Philippines avec un vaccin contre la dengue (transmise par un moustique). Sous la colonisation, Rhône-Poulenc (ancêtre de Sanofi) avait fait des ravages avec son « médicament qui allait sauver l’Afrique (contre la maladie du sommeil, propagée par la mouche tsé-tsé) ». Quelles leçons tirons-nous du passé ? »

 

Antonio Dans, épidémiologiste philippin constate : « Sanofi conçoit et réalise les tests, publie les résultats et leur interprétation, et vend le vaccin ! Le système est vicié par des conflits d’intérêts. » À Manille, des centaines de familles sont engagées dans un combat judiciaire contre le géant pharmaceutique français et ses armées d’avocats. Guillaume Lachenal, professeur d’histoire des sciences au Médialab de Sciences-Po Paris, confirme : « Le fabricant qui dépend d’une commande publique massive a intérêt à écouler rapidement son produit. Le bon fonctionnement d’une innovation biomédicale dépend d’un tissu d’institutions et de personnels de santé. La croyance que des solutions techniques simples et miraculeuses peuvent résoudre les problèmes, même là où les systèmes de santé sont défaillants, est un leurre. C’est aussi une leçon pour la crise que nous traversons, dont on ferait bien de se souvenir en attendant le vaccin qui viendra nous sauver du coronavirus. »

 

Vitesse et précipitation

 

Scott Halstead, 89 ans, infectiologue américain, spécialiste de la dengue, « virus intelligent », a travaillé depuis les années 1960 avec plusieurs laboratoires, dont Sanofi. À la retraite, il s’estime « plus libre de parler » que ses confrères et consœurs, « tous, d’une façon ou d’une autre, liés à l’industrie pharmaceutique, qui finance la quasi-totalité de la recherche aujourd’hui. » Sa sentence est irrévocable. « Alors que la compétition entre grands laboratoires pour la découverte de nouveaux vaccins ne faiblit pas, le professeur Halstead lance l’alerte. Contre « l’absence de réels tests de sûreté à long terme » sur les nouveaux produits. Contre les circuits de création de médicaments toujours plus courts, qui reflètent le temps des carrières personnelles et des cycles boursiers. Surtout, contre la course de vitesse effrénée dans laquelle s’est engagée une industrie qui veut « mettre au point des vaccins sans chercher à comprendre d’abord comment fonctionnent les virus ». Un danger, selon lui, pour l’humanité. »

 

L’anthropologue Frédéric Keck a observé comment Hongkong s’est préparé à la nouvelle crise sanitaire. « Pour Malik Peiris, directeur scientifique sri-lankais du centre Pasteur de Hongkong, qui a identifié le virus du Sras dans les années 2000, « les virus ne sont pas des ennemis, mais des signaux d’alerte. Ils portent une information que nous devons comprendre. » Les virologues de Hongkong sont de fervents défenseurs de l’environnement. Ils se vivent comme des lanceurs d’alerte. Ils ne cessent de mettre en garde contre les conséquences du dérèglement climatique. Dans le contexte post-11-Septembre, alors que tout le monde craignait une attaque bioterroriste, ils rappelaient que la véritable menace était la nature maltraitée. Malik Peiris précise : « Quand je dis que la nature est une menace terroriste, je ne dis pas qu’elle a une intentionnalité. Je dis simplement que la force aveugle de l’évolution a beaucoup plus de pouvoir qu’une quelconque sophistication des capacités humaines. Si un homme avait voulu créer un virus qui fait tout ce que le Sras a fait (avoir une mortalité élevée et se transmettre d’homme à homme), il n’aurait pas eu autant de « succès » que la nature. » Il voyait l’émergence de nouveaux virus comme une juste vengeance du vivant. »

 

Rapport bénéfice-risque

 

Bon, d’accord, on a « déconné », comme dirait l'autre. Et maintenant, on fait quoi ? Auteure du livre « Immunisés ? Un nouveau regard sur les vaccins » publié en 2017, la journaliste scientifique Lise Barnéoud explique que la vaccination, c’est un peu comme la démocratie : quand on vit dedans, on ne se rend plus compte de ses avantages. Le bénéfice d’un vaccin comme celui contre la poliomyélite étant désormais invisible, son risque apparaît grossi. Il est vrai que lorsqu’un virus recule, le risque du vaccin peut se révéler plus important que celui de la maladie. La dimension collective des vaccins est souvent mise en avant, notamment par les pouvoirs publics. Cet argument n’est pas toujours valable. Il faut cesser de parler de la vaccination en général et procéder au cas par cas. Le vaccin contre le tétanos, obligatoire, est un vaccin « égoïste » : il protège celui qui se vaccine d’une bactérie, et non la société d’une maladie contagieuse. »

 

Avant de conclure : « En revanche, la vaccination a permis d’éradiquer la variole, autrefois l’un des pires fléaux. En France, entre 1968 et 1977, il y eut 30 morts de la vaccination, et aucun de la maladie. Malgré ce rapport bénéfice-risque défavorable, la génération des baby-boomers a continué de vacciner ses enfants contre la variole, permettant aux générations suivantes de vivre débarrassées de cette maladie, officiellement éradiquée en 1980. » Les réticences des antivaccins viennent aussi du fait qu’un vaccin est fabriqué à partir de pathogène ou d’extrait de pathogène, c’est à dire d’un être vivant infectieux, quand un médicament naît au mieux de source biologique, au pire de la chimie de synthèse. Cela dit, depuis Jenner en 1796 (variole), Pasteur en 1885 (rage) et Yersin en 1894 (peste), pour ne citer qu’eux, on sait que quelques inventeurs ont eu des résultats probants !

 

FD

 

* À voir : « Vaccins en quête de transparence », documentaire de Magali Cotard, France 5, 2019. Composition des vaccins, risques, effets indésirables, etc. Point par point, explication de la défiance des Français et informations pour répondre aux peurs de la piquouse.

 

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