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Publié par Fred Desk

Dessin Livingstone

Dessin Livingstone

S4 E2

Alors, toujours pas convaincus qu'il faut faire quelque chose pour la survie de l'homme dans une nature protégée ? Ce matin, deux humains dans leur 4x4 avec dans leur remorque deux chevaux, les plus belles conquêtes de l'homme, se sont fait écrabouiller, pris en sandwich entre deux poids lourds parmi les milliers qui déboulent à tombeaux ouverts quotidiennement sur notre rocade bordelaise pour traverser l'Europe au plus vite. Des embouteillages monstres ont paralysé la métropole pendant des heures. Toute cette folie ordinaire est une allégorie de notre société de cons écrasés ou écrasants qui ne respectent plus rien, ni limites de vitesse, ni distances de sécurité, ni droit d'autrui de ne pas risquer sa vie à chaque instant. Vous en voulez encore ? Dans le dernier numéro de la revue XXI, j'ai lu un article dont je voudrais vous faire part pour vous aider à constater l'étendue de la menace qui pèse sur le vivant. Le papier est intitulé "Le spectre de la sixième extinction".

"Va-t-on vers la fin du monde animal ? "La réelle ampleur de l'extinction de masse qui touche la faune a été sous-estimée : elle est catastrophique." C'est la conclusion d'une étude publiée en 2017 dans la revue Proceedings of the National Academy of Sciences par deux chercheurs mexicains et un chercheur américain. Leurs travaux visent à quantifier le déclin des populations animales sur des territoires donnés. Environ le tiers des espèces étudiées verraient actuellement leur population et leur aire de répartition décroître. Les auteurs évoquent un "anéantissement biologique". Ces conclusions font écho à celles de nombreux autres rapports, comme celui publié en 2016 par le WWF, qui estimait que 58% des vertébrés ont disparu entre 1970 et 2012 : "Les espèces n'ont jamais décliné à un rythme si rapide qui est aujourd'hui cent à mille fois supérieur à celui calculé au cours des temps géologiques." Cette "défaunation" ne serait pas due à des facteurs géologiques, comme celle qui a entraîné la mort des dinosaures, mais à l'intensification exponentielle des activités humaines depuis le XIXème siècle. Les causes identifiées du désastre sont la modification et la destruction des habitats naturels, la surexploitation des espèces (chasse, pêche, braconnage), la pollution, l'introduction d'espèces invasives et les dérèglements climatiques. Le destin de l'anguille symbolise ce "big-bang" : l'espèce est affectée par tous ces phénomènes, alors que les cinq précédentes phases d'extinction massive se sont produites en plusieurs millions d'années, celle-ci se déroulerait à une vitesse incomparablement plus élevée; en 2019, L'IPBES (Plate-forme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques), structure placée sous l'égide l'ONU, évoque une disparition des espèces "jusqu'à plusieurs centaines de fois plus rapide que la moyenne des dix millions d'années qui viennent de s'écouler." Si la tendance se confirme, elle témoignerait du passage de l'holocène (ère géologique actuelle) à ce que des scientifiques nomment "l'anthropocène" (une ère géologique déterminée principalement par les actions humaines). Au rythme actuel, ce processus aura des conséquences majeures sur les équilibres biologiques de notre planète, jusqu'à la rendre, peut-être, inhabitable pour l'homme."

Je vous laisse annoncer à vos enfants, petits-enfants et aux lutins que notre espèce a flingué les rennes et cassé les cadeaux de la mère et du père Noël.

Fred Descoubes

 

À lire : "La Sixième Extinction, Comment l'homme a détruit la vie" éditions La Librairie Vuibert, 2015. La journaliste américaine Elizabeth Kolbert a reçu le prix Pulitzer de l'essai pour cette enquête consacrée à la disparition massive, depuis quelques décennies, des animaux sauvages présents sur terre. "Un travail très documenté au contenu glaçant", d'après la revue XXI.

Et toujours : "L'humanité en péril" de Fred Vargas chez Flammarion, 2019.

 

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