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Publié par Fred Desk

Vu au Canon

Vu au Canon

S4 E11

Un entre-deux. C’est ainsi que, depuis toujours, je ressens cette période coincée en sandwich entre Noël et le Jour de l’An. Il se trouve que dans ce no man’s land oisif, mou et adipeux où la foi côtoie les foies, il y a mon anniversaire incongru, redondant en ce qui concerne les cadeaux, donc vain. Si seulement j’étais né Anglais, j’aurais cumulé les boxing days. En cette annus horribilis, ces quelques journées sombres, froides et humides, parfois tempétueuses, sont une parenthèse d’ennui décoiffé, coincée dans une trêve des confiseurs tronquée et désorganisée. Les fêtes ne seront pas bicéphales, couvre-feu et distanciation sociale obligent. Et si l’on doit se retrouver à six à table pour la Saint-Sylvestre avec simulation forcée de teuf d’enfer, « on ne va pas se mentir » (expression naze à la mode), j’ai le seum, carrément. Ce sera donc sans moi. Je ferai comme le chien et le chat. Le passage d’une année à l’autre ne leur fait ni chaud, ni froid. Tiédasse, un entre-deux, quoi.

Un entre-deux, entre deux mondes. C’est ce que j’ai ressenti en découvrant sur la presqu’île du Cap Ferret, où par tradition je laisse passer Noël, des ronds-points déserts, mais un panneau d’affichage investi par la prose de gilets jaunes. Cette longue bande dunaire aux allures de ghetto de riches n’est pourtant pas réputée pour ses élans progressistes. Tout y est conservateur voire réactionnaire, ses maires successifs de droite capitaliste, nombre de ses habitants aisés souvent hors-sol, aux vies sociales superficielles, trop peu préoccupés par les malheurs d’une masse lointaine, ce petit peuple aux soubresauts heureusement éphémères. Rien ne saurait déranger les presqu’îliens nantis, à part la montée des eaux. Entre-deux-mers, un entre-soi indifférent entre deux vaguelettes, blotti à l'abri des fureurs de l'océan. En fait, il n’y a pas de quoi envier cette existence étale.

Obscur et abscons

Un entremêlement. C’est ce qui transpire de ces dazibaos de GJ vindicatifs et confus encollés en bord de route : un en-tête de deux drapeaux croisés façon ordre de mobilisation générale, c’est la guerre. « Alerte générale Ne nous laissons plus faire ! Stop à la dictature « sanitaire » Citoyens, Réveillez-Vous ! » Il faudrait résister, donc. Ne pas croire à ce qui nous arrive, c’est un complot, une aubaine, une manipulation, une imposture. Soit. Détaillons : « Pour la fin des mesures liberticides, violentes et inutiles » Pour l’utilité, il faudrait avoir l’opinion des 60 000 morts de la Covid ! « Pour la condamnation pénale des médias qui propagent peurs et anxiétés » Pour ça, oui, mais on a les médias qu’on mérite ! « Pour sauver nos économies locales (bars, restaurants, petits commerces…) » Pour sentir le Cidunati (syndicat des travailleurs indépendants bien droitiers), ça sent, ça oui ! « Contre la volonté d’encourager la délation, l’enfermement et la punition » Pour avoir trop regardé le documentaire fourre-tout Hold Up ! « Pour le R.I.C. (référendum d’initiative citoyenne) » Pour ça, on est tous d’accord, mais est-ce la panacée ? « Pour la destitution de Macron et la fin de ce régime corrompu, injuste et décadent ! » Pour quel régime en lieu et place ? Celui qui flirte avec le nationalisme, ou alors avec la fleur de lys ? Décidément, tout ceci est une sacrée mesclagne !

Poursuivons l'entretien : « Madame, Monsieur, ne devenez pas un Parent Indigne, N’obéissez plus au gouvernement, à Macron et à l’État profond qui veulent détruire la France, en commençant par ses enfants… Vos enfants ! N’imposez pas à votre enfant ce masque qui va détruire sa santé physique et morale ! » Nous y voilà : le « Deep State », dénoncé notamment par le capricieux Trump. Les élites sont la cause de tous nos maux. Pourquoi pas les illuminati, les francs-maçons, les juifs, les arabes, les gauchers, les chats noirs, les chiens jaunes, tous ceux qui se font une place au soleil et nous le cachent. Des copains ont rejoint les Gilets Jaunes, j’ai respecté leurs combats légitimes, certains ont intéressé le gilet vert que je suis, j’ai même pensé un court moment qu’on pourrait colorer ensemble, entre nous, entre tous, un avenir en bleu azur. Entre deux nuages. Entre sable d’or et genêts à balais, ou pinède maritime. Entre trois, pourquoi pas, il ne faut pas mourir idiot. C’est comme pour le père Noël, cela fait un bail que je n’y crois plus du tout. Car entre songe et réalité, il y a le plus beau des présents : la vie, en doutant de tout, mais sans se raconter trop d’histoires et autres légendes.

Fred Descoubes

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