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Publié par Fred Desk

Dessin GdB

Dessin GdB

S3 E45

 

Chers lecteurs, je vous remercie de votre fidélité, mais je vais mettre un terme à cette saison 3 de mon journal de citoyen bordelais (re)(dé)confiné. Demain, c’est le 15 décembre, date de la fin du second confinement, qui aura duré 45 jours, même si nos amis de la culture et du sport ne verront pas la différence. Ce sera jour de reprise pour certains chanceux, s’il en reste. Pour ma part, je vais entrer sans envie dans l’hiver sans pistes enneigées et mon blog dans l’hibernation prolongée, en publiant de temps à autre un petit article au fil de l’actu, de mes coups de coeur ou de gueule. Comme je l’ai fait au cours de la belle saison d’été, on a bien fait d’en profiter, dis-donc. Je reviendrai avec le printemps, ou avant, pour le troisième confinement et une saison 4, ou pas, car il est permis d’espérer (mais que doit-on espérer ?) !

 

Ce n’est pas faute d’avoir beaucoup écrit en cette année vaine-vingt, autant de chroniques que de jours de restrictions, mais le lectorat est demeuré discret. J’ai récemment informé une vingtaine de mes anciens confrères journaleux girondins de l’existence de ces écrits, et même mes collègues écologistes (je suis désormais encarté, pour le meilleur et le pire d’EELV, mais vous vous en doutiez un peu, n’est-ce pas ?). Pas un n’a daigné relayer le blog, ils ont sans doute mieux à faire que de lire et promouvoir ma littérature, et je suis désormais hors réseau. La collecte pour publier le livre du blog a échoué. Peu importe, tout ça m’a aidé à passer le temps, à comprendre ce qui nous arrivait, à partager mes réflexions avec celles et ceux qui ont parcouru ces lignes.

 

Feuilles mortes

Ma douzaine d’abonnés, telle une poignée d’huîtres, a filtré la marée des eaux troubles de l’information dominante, elle pourra, avec toute la bourriche (1865 visiteurs uniques, soit la population de Saint-Émilion hors saison), relire les 120 et quelques articles gratuits publiés depuis la mi-mars. Neuf mois de ces avions qui ne planaient plus, ces bistrots qui ne servent plus, ces livres qu’on ne découvrira pas, ces vieux qui ne recevaient plus de visites, ces mises en scène absentes côtés cour et jardin, et caetera. Demain, l’horizon s’élargira à plus de vingt kilomètres, le temps de sortie se dilatera au-delà de trois heures, il sera possible sous conditions strictes de mettre le nez hors de la fourmilière, sauf aux heures les plus sombres et silencieuses.

 

Hier, il a fallu que ce soit ma fille de treize ans et demi, pleine de vie et de promesses, qui me fasse part des propos d’un psychiatre à la radio Europe 1 : « 20 % des Français commencent à basculer dans la psychiatrie. Les liens familiaux n’arrivent pas à atténuer la souffrance morale. Il y a une hausse de tentatives de suicide, notamment chez les ados. » Comment peut-on vouloir en finir irrémédiablement à 15 ou 20 ans ? La révélation de l’état d’esprit actuel de nos enfants est effrayante. Pour organiser une teuf non clandestine le 31, ils devront trier seulement cinq vrais amis dans leurs réseaux sociaux et ne pas se jeter les uns sur les autres à minuit, impossible d’hurler dans la nuit froide de janvier « fuck off twenty-twenty, vive 2021 ! », une bière et une amourette dans chaque main.

 

Deuil de civilisation

Demain, cela fera aussi quinze ans que mon père n’est plus. Lui qui avait connu certaines privations et les couvre-feux de la guerre n’aura pas eu à vivre ces jours schizophrènes, où nous sommes spectateurs et acteurs de la crise, ces soirées sans joie, celle qui l’animait comme une cigale varoise quand il admirait les biscouètes des « petits », Didier Codormiou dans les années 80 et Christophe Dominici dans les années 90. Ou quand il assistait à une castagne d’écureuils dans la chênaie. Il n’a pas eu à subir le recul de l’intelligence, de la culture et de la fraternité. « No Deal » : faudra-t-il à nouveau un passeport pour passer la Manche, comme dans les sixties ? Quelle régression ! Regrets éternels, Miss You Already. À chaque région ses petits drames. Chez nous, la Garonne, la Dordogne et l’Adour débordent de larmes de montagnards et de neige fondue.

 

1,6 million de morts dans le monde, 300 000 aux States, 200 000 au Brésil, 150 000 en Inde, plus de 60 000 en Italie, au Royaume-Uni et bientôt en France. Pour ne pas risquer sa vie, il faudrait vivre loin des foules : Mongolie, Érythrée, îles Féroé, Bhoutan, Seychelles. Les Français préfèrent remplir des charters de Noël pour coloniser les plages au soleil des Antilles, le ski étant proscrit. Ce virus nous rend fous. Pour les uns, ce serait une stratégie de réduction de la population mondiale pour surmonter le réchauffement climatique. Pour d’autres, un complot des labos pharmaceutiques, un mensonge de gouvernants corrompus, une actualité biaisée par des médias aux ordres, tributaires des aides de l’État et du bon vouloir de patrons d’industries. Ah, ceci n’est pas totalement « fake » !

 

Le grand n'importe quoi

C’est le « Great Reset », un projet du Forum économique mondial, la grande réinitialisation au détriment des misérables cons finis au profit des ghettos de riches privilégiés. Un « Deep State » qui met une étiquette Covid partout pour que les gens demeurent avec des oeillères dans la peur permanente. Une chape de plomb avec si peu d’authentiques résistants et un antidote-vaccin sans garantie ni SAV. Le festival des principes de réalités au pluriel, car LA réalité se fragmente au fil des divulgations de vérités de chacun sur la toile. Le repos perpétuel de nos aînés disparus contraste avec notre intranquillité maladive de vivants. Je m’efface donc, j’ai écrit ce que j’avais à dire. Même si cela ne sert à rien, ça défoule. Passez le meilleur hiver possible et surtout restez bien couverts.

 

Amicalement vostre,

 

Fred Descoubes, lieu-dit Peyrin, Biganon ou lieu-dit Brooklyn, New York City (je n’ai pas décidé).

 

« Mes amis, retenez bien ceci,

il n’y a ni mauvaises herbes, ni mauvais hommes,

il n’y a que de mauvais cultivateurs. »

Victor Hugo, Les Misérables

 

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