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Publié par Fred Desk

Sans commentaire (tof FD)

Sans commentaire (tof FD)

S3 E41

 

La question du moment est-elle vraiment « doit-on se faire piquer » ? N’est-elle pas plutôt de savoir si on se fait piquer nos libertés ? À celle-là, chacun répondra comme il voudra, vraisemblablement à ses risques et périls ! À celle-ci, des réponses affluent, et pas seulement de la part des extrémistes et des complotistes. Selon certains défenseurs des libertés, les effets secondaires de la crise sanitaire seraient particulièrement sévères. Trois décrets du ministère de l’Intérieur, publiés discrètement au Journal officiel le 4 décembre, visent à élargir les données collectées dans des fichiers utilisés notamment par ce qu’on appelle les forces de l’ordre républicain. Pro patria vigilant, pour la patrie, ils veillent, les bleus !

 

Concrètement, ces modifications concernent le fichier prévention des atteintes à la sécurité publique (PASP) employé par la police, le fichier gestion de l'information et prévention des atteintes à la sécurité publique (GIPASP) utilisé par la gendarmerie, et le fichier des enquêtes administratives liées à la sécurité publique (EASP), tous créés dès que possible (ASAP) au bon vieux temps de Sarkozy. Au moment où le gouvernement présente le projet de loi « confortant les principes républicains » et retravaille sa proposition de loi sur la « sécurité globale », l’indigestion de mille-feuille sécuritaire pourrait menacer la santé démocratique. Certes, les honnêtes citoyens qui n’ont rien à se reprocher consentent déjà à confier chaque jour nombre de leurs données personnelles, notamment aux GAFA à des fins commerciales, mais serait-ce trop demander à la République de nous tenir informés des « dossiers » qui s’accumulent sur notre compte dans les serveurs informatiques de l’État de droit ?

 

Méfiez-vous des sportifs

« Sous couvert de prévention contre le terrorisme, on étend le fichage de la population à des personnes qui ne sont pas concernées par de telles activités », s'inquiète Virginie Gautron, maître de conférences à l'université de Nantes et spécialiste des questions liées aux fichiers de police. « Il suffit que la police considère que, potentiellement, vous pourriez porter atteinte à la sécurité publique, pour pouvoir vous enregistrer. » Par ailleurs, ces décrets permettent une « extension considérable des données collectées » dans ces fichiers, souligne-t-elle. Ainsi, des informations relatives aux « déplacements » ou encore aux « pratiques sportives » pourront y figurer. Les skieurs de Noël en Espagne ou en Suisse feraient bien de se planquer derrière les sapins !

 

En outre, les « opinions politiques » et les « convictions philosophiques et religieuses » pourront également être recensées, et plus seulement les « activités » politiques ou religieuses. Sur ce point, Marion de Gasquet, juriste à la Commission nationale de l'informatique et des libertés, précise que la Commission n'a pas été consultée, ces modifications ayant été apportées après la délibération du gendarme des données personnelles. Autre nouveauté, les « activités sur les réseaux sociaux » pourront également être recensées. Elles seront « collectées sur des pages ou des comptes ouverts » et concerneront « principalement les commentaires postés sur les réseaux sociaux et les photos ou illustrations mises en ligne », précise le ministère de l'Intérieur à la Cnil. Libertés d'opinion et d'expression, mais tout ce que vous posterez pourra être retenu contre vous en cas de doute.

 

L'Ère du soupçon

Le renseignement territorial pourra également enregistrer des données relatives aux troubles psychologiques ou psychiatriques et aux addictions, si ces informations permettent de mettre en lumière « une dangerosité ou une vulnérabilité particulière », prévoient les décrets. Ces informations devront se limiter à « la description de ces troubles » et « toute donnée fournie par un professionnel de santé soumis au secret médical » sera exclue, précise la Cnil dans ses « avis ». En pratique, elles seront donc « le plus souvent fournies par les proches, la famille ou l'intéressé lui-même », ajoute la Commission. Si c’est « le plus souvent », alors, on est rassurés ! Et quid pour le reste du temps ? « Les questions qui ne se donnent pas de réponse elles-mêmes en naissant n'obtiennent jamais de réponse ». On dirait du Darmanin, mais c’est de Kafka. C’est pas très français, ça, montrez-moi vos papiers !

 

FD

 

Note : les journalistes ne sont pas encore contraints de citer leurs sources, mais je prends les devants au cas où, la mienne est Alice Galopin, de France Télévisions.

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