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Publié par Fred Desk

La lune est là

S3 E3

Jour de Toussaint. Par un bel après-midi printanier, nous prenons la route de la mer avec les enfants et le chien, pour souhaiter un bon reconfinement à la famille qui va s'éparpiller et fleurir la tombe des ancêtres confinés pour l’éternité. 24 degrés, l’asphalte est dégagé, en face les vacanciers rentrent s’enfermer, au moins pour un mois. Il y a comme un air de déjà vu et ressenti, mais cette fois-ci il n’y aura pas d’été au bout du tunnel, c’est un long hiver qui s’annonce.

Dans cette atmosphère étrange, nous embrassons du regard la baie où la brume affleure la surface de l’eau, le soleil se couche tôt en inondant le ciel et les nuages de rayons chaleureux. Le chien se baigne et s’ébroue, satisfait de ses jeux innocents qui nous font sourire. Au retour, le porte-vélo de la voiture de devant se détache, libérant une roue arrière effrénée. Le véhicule s’arrête en catastrophe, sans doute un acte manqué du conducteur qui ne voulait pas rejoindre la ville et ses tracas renouvelés.

Au bout de la forêt de pins, à quelques lieues de la métropole, un chevreuil éclairé par nos phares renonce à traverser la chaussée, épargnant sa vie et notre calandre. Demain, les enfants retourneront à l’école, quant à nous, il faudra tant bien que mal faire tourner l’économie de la nation. À la sortie d’un énième rond-point, à l’est, la lune pleine et basse éclaire la cité à travers le brouillard. Les joggeurs ont repris du service et les promeneurs de chiens se disputent les trottoirs.

Deux motards en uniforme déboulent dans un virage sans se soucier de nos dérisoires déplacements dérogatoires, leur empressement à arriver à leur but ultime n’a d’égal que leur tolérance pour nos dernières escapades buissonnières. C’est heureux, nous n’avons pas 135 euros à gaspiller en cette époque de chômage partiel.

Désormais, les cèpes médocains pourront pousser tranquilot. Un nimbus, ombre d’Halloween, occulte l’astre de la nuit à l’approche de la périphérie urbaine. Tous ces lampadaires n’auront plus personne à guider pendant les nuits de novembre. Même les radars délaissés par les gilets jaunes ne sauront plus sur qui flasher. Les feux verts et les néons se succèdent en solitaires. Sans nous pour les admirer, les décorations de Noël vont bien se faire caguer.

L’avenue de l’université est déserte, les terrasses étudiantes vides, les transports en commun sillonnent les artères en vaine quête de passagers. Les solitudes du campus ressemblent à celles des maisons de retraite. Jeunes, vieux, asymptomatiques et patients comorbides, tous sont unis dans le même désarroi. Comme disait Trenet, « Il pleut dans ma chambre, il pleut dans mon coeur. »

FD



 

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