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Publié par Fred Desk

À Pantin, en Seine-Saint-Denis (photo Christophe Da Silva).

À Pantin, en Seine-Saint-Denis (photo Christophe Da Silva).

S3 E8

 

« Le monde d’après, on l’aurait imaginé avec moins de pauvres qu’avant. » Le rêve ne se réalisera pas pour les Restos du Coeur, toujours en première ligne pour endiguer la précarité. Ses bénévoles constatent sur le terrain une forte augmentation du recours à l’aide alimentaire. La crise sanitaire frappe de plein fouet les plus fragiles : réduction de l’activité et de revenus, voire perte d’emplois, endettement, impayés de loyer, décrochage scolaire, isolement, précarités numérique, énergétique, stress, dépression, violences conjugales, etc.

 

C’est confirmé par l’INSEE, la France compte un million de pauvres de plus à cause de la crise de la Covid. 10 millions de personnes, soit 15 % de la population, vivent en dessous du seuil de pauvreté (1074€ et pour l’extrême pauvreté, 716€, démerde-toi avec ça). Christophe Robert, délégué général de la Fondation Abbé Pierre, annonce « un raz de marée ».

 

Véronique Fayet, qui dirige le Secours Catholique après avoir été adjointe chargée du social de Juppé à Bordeaux (personne n’est parfait), décrit la situation : « Ce qu’on voit, ce sont des gens qu’on ne connaissait pas, beaucoup qui travaillaient ou travaillent encore, qui étaient dans une situation de précarité et qui basculent dans la pauvreté. Les jeunes sont très concernés, puisqu’ils enchaînaient les petits contrats : quand tout ça s’arrête, ils n’ont droit à rien. On a aussi des auto-entrepreneurs, des commerçants, des artisans, des intermittents du spectacle… Ça nous montre que notre filet de protection sociale, dont on est assez fier, a beaucoup de trous.»

 

Ce sont les couples avec enfants qui affichent les niveaux de vie les plus faibles. Les dépenses contraintes ou pré-engagées (en grande majorité liées au logement) absorbent plus de la moitié du budget des ménages en précarité, contre 30 % du budget de l’ensemble des ménages. Au final, un ménage sur deux dispose d’un « reste à vivre » inférieur à 9€ par personne et par jour pour couvrir les autres dépenses, à commencer par l’alimentation et l’habillement. Plus de 4 ménages sur 10 sont dans l’incapacité de couvrir leur dépense alimentaire quotidienne.

 

Alors, il fait quoi, le gouvernement ? « L’attention aux plus démunis et aux plus vulnérables est plus que jamais au centre des priorités de mon gouvernement.» Dans son bilan d’étape de la « stratégie pauvreté » initiée en 2018, Jean Castex (vous ne trouvez pas qu’il a le même regard un peu fou qu’Albert Dupontel ?), a décliné le mois dernier son plan à l'intention des plus précaires, doté de 1,8 milliard d’euros, et qui s’ajoute aux mesures prises durant la crise (1,5 milliard d’euros).

 

Appels de détresse

Selon Christophe Robert, « pendant la période Covid, il y a eu un vrai effort de la part du gouvernement, pour les personnes sans domicile fixe, pour différer la trêve des expulsions locatives… Il faut le reconnaître. Mais quand il s’agit d’apporter des réponses structurelles, durables, là on sent que c'est beaucoup plus compliqué que pour les aides d’urgence. Il y a un débat de société à avoir sur ce sujet des trous de la protection sociale. »

 

Macron a annoncé mi-octobre une aide d’urgence aux familles, elle sera versée fin novembre, son montant sera de 150 € par foyer allocataire du RSA ou de l’allocation de solidarité spécifique (ASS) pour les chômeurs en fin de droits, plus 100 € par enfant pour les allocataires de l’aide personnalisée au logement (APL). Elle est donc du même montant que celle distribuée au mois de mai à 4,1 millions de ménages, pour 880 millions d’euros. Les 560 000 jeunes de 18 à 25 ans non étudiants et percevant l’APL bénéficieront de ces 150 €. Les 740 000 étudiants boursiers auront aussi droit à ces 150 €, qui seront distribués début décembre. Avant Noël !

 

Mais selon les organisations caritatives, on saupoudre la plèbe, comme l’exprime ma nouvelle idole, CricriRoro (ou Bébert) : « Le plan de relance ne considère pas ces populations. On supprime l’ISF, on met en place le prélèvement forfaitaire unique, on supprime la taxe d’habitation y compris pour les plus riches, et à côté, on n’augmente pas le RSA (500€ pour une personne seule, 760€ avec des enfants), on baisse les aides sociales au logement, on baisse les aides pour la production de logements sociaux… Donc ce sont de profondes inégalités qui sont en train de se creuser dans notre pays." Et de conclure : « Rien n’empêche d’augmenter le RSA, de l’ouvrir aux moins de 25 ans, de répondre à la souffrance dans notre pays de tous ceux qui sont en difficulté ! »

 

La réaction d’ATD Quart Monde (Aide à toute détresse, devenu Agir tous pour la dignité), membre du collectif Alerte, est encore plus véhémente face à des « mesures pansements, déconnectées de la vie des gens ». Selon cette association, les choix de l’exécutif relèvent d’un « mépris » et d’une « logique éculée consistant à opposer les « bons pauvres », à qui l’on donnerait un coup de pouce pour les aider à retrouver le marché de l’emploi, et les « mauvais pauvres », à qui l’on distribuerait des miettes ».

 

Or, comme le souligne le Secours Catholique, « la pauvreté est plus coûteuse à la société qu’une bonne protection sociale. Car elle est un facteur important de dégradation de la santé physique et mentale des personnes et coûte donc cher en termes de soins. Elle prive aussi notre économie et notre société de forces vives prêtes à contribuer. »

 

En attendant des jours, mais surtout des économistes et des représentants du peuple meilleurs, la grande collecte de la Banque Alimentaire aura lieu, comme chaque année, le dernier week end de novembre. À votre bon coeur, salauds de riches !

 

FD

 

restosducoeur.org

secourscatholique.org

atd-quartmonde.fr

fondation-abbe-pierre.fr

secourspopulaire.fr

banquealimentaire.org

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