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Publié par Fred Desk

L'autre fléau

S3 E14

Ce jeudi 12 novembre, Florence, présentatrice du journal de 8 heures sur France Inter, annonce que malgré l'intervention de l'Open Arms ("bras ouverts"), le seul navire humanitaire présent en ce moment en Méditerranée centrale, un énième naufrage a eu lieu mercredi au large de la Libye. Des humanitaires de l'ONG basée en Catalogne ont plongé pour sauver les migrants de la noyade. "Un bébé guinéen de six mois n'a pas pu être ranimé". Sans transition, Flo passe à l'info suivante.

Open Arms a diffusé sur Twitter des scènes poignantes de l'intervention. "Hier en Méditerranée, l’ONG a sauvé 260 migrants de la noyade. Six n'ont pas pu être sauvés. Parmi eux, un bébé de six mois. Il s'appelait Joseph, il venait de Guinée. Voilà à quoi ça ressemble. Les images sont difficiles, mais je crois qu'il faut les voir." Partis de Libye, à bord d’un canot pneumatique en direction de l’Europe, l’embarcation s’est brisée et se serait disloquée au large de la ville libyenne de Sabratha, non loin de l’île italienne de Lampedusa. Pour tenter de sauver un maximum de vies, les secouristes se sont jetés à l’eau pour y récupérer les hommes, femmes et enfants tombés à la mer.

La Méditerranée est la route migratoire la plus dangereuse au monde. Le nombre de décès de migrants dans la Méditerranée a passé la barre des 20 000 en mars dernier, au moment où débutait la crise sanitaire en Europe. On estime qu’en moyenne 6 personnes meurent chaque jour dans la Grande bleue en tentant la traversée. La guerre contre le virus se double d’une guerre contre les personnes migrantes, et les violences à leurs égards sont exacerbées par les mesures prises pour lutter contre la pandémie : c’est le constat dressé par l’observatoire des frontières Migreurop. L'Organisation internationale pour les migrations (OIM) ne cesse de demander l’augmentation de la capacité globale des opérations de recherche et de sauvetage. Même si le nombre de décès est moindre qu'en 2015-2016, période d'un pic d'immigration, avec plus de 5000 morts en 2016, les décès sont en hausse s'ils sont mis en regard du nombre de tentatives de traversées.

Cimetière marin

Depuis début 2020, au moins 900 personnes se sont noyées en Méditerranée en essayant d’atteindre les côtes européennes, parfois parce que les secours ont pris du retard. L'ONU affirme que les nations doivent prendre des mesures décisives pour endiguer "une perte croissante de vies humaines en Méditerranée". Les dernières opérations démontrent l’urgence et la nécessité de déployer davantage de bateaux humanitaires entre le continent africain et l’Europe. Cette année, plus de 11 000 migrants ont été renvoyés en Libye, "au risque de les exposer à des violations des droits de l’homme, à la détention, aux abus, au trafic humain et à l’exploitation", souligne l'agence onusienne. Malgré une insécurité persistante depuis la chute du régime de Mouammar Kadhafi en 2011, ce pays d'Afrique du Nord reste un important point de transit pour les migrants -en grande partie africains-, qui veulent coûte que coûte gagner l'Europe. Les ONG rappellent régulièrement leur opposition à ce que les migrants arrêtés en mer soient ramenés en Libye en raison du chaos qui y sévit et dénoncent les conditions déplorables dans les centres de détention.

Ce jeudi 12 novembre, un nouveau naufrage au large de Khuma sur la côte libyenne a fait au moins 74 morts. C'est ce que vient d'indiquer l'OIM, précisant que 47 survivants ont été amenés à terre par les garde-côtes et des pêcheurs. "La France ne peut pas accueillir toute la misère du monde, raison de plus pour qu'elle traite décemment la part qu'elle ne peut pas ne pas prendre." La formule de Rocard devrait résonner dans l'esprit de nous autres Européens et nous raisonner enfin, nous qui sommes si prompt à arraisonner les embarcations et à les renvoyer se faire voir du côté du Levant. Retrouvons la lumière, en souvenir de Joseph, et pour tous les Jasaf et Yusuf à venir au péril de leur chère existence.

 

 
FD
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