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Publié par Fred Desk

Madeleine Renaud était Winnie à Paris en 1970.

Madeleine Renaud était Winnie à Paris en 1970.

SAISON DEUX (L'ÉTÉ INDIEN), VINGTIÈME ET DERNIER ÉPISODE (À SUIVRE)

 

À minuit, le confinement nouveau arrive. Nous y sommes encore jusqu'aux coudes, et pour un moment. Y aura-t-il un Noël ? Ça sent le sapin. À Bordeaux, à Conflans, à Nice, et partout ailleurs. La belle saison est bel et bien finie, l'automne s'est inconfortablement installé et l'hiver risque d'être très long. Il va falloir être forts, comme Winnie (mais non, pas l'ourson). 
 
Dans une étendue désertique se dresse un petit mamelon aux pentes douces dans lequel Winnie est enterrée, d’abord jusqu’au-dessus de la taille. Winnie se souvient qu’en la voyant, un passant s’était demandé : "À quoi ça rime ? ... fourrée jusqu'aux névés dans le pissenlit... ça signifie quoi ?" Cela rime avec la vie de tout être humain. Cela signifie le courage dont la personne humaine peut se montrer capable. Winnie est pleinement vivante, c’est-à-dire qu’elle endure stoïquement tout ce que vivre implique. Elle est l’incarnation même du courage qu’exige l’inéluctable déroulement de la vie, jour après jour "à perte de passé et d'avenir". Envers et contre toutes les souffrances et les indignités du délabrement, il émane de Winnie une inébranlable volonté de dignité humaine : "Tiens-toi, Winnie", se dit-elle, "advienne que pourra, tiens-toi."
 

Certes, elle aurait tout lieu de sombrer dans des "bouillons de mélancolie", mais elle s’y refuse farouchement. Puisque vivre c’est continuer encore, autant perdurer "d'un coeur léger", dignité oblige. Elle s’est ainsi forgé l’art inépuisable de trouver dans la moindre babiole, dans l’événement le plus minime, une source de pétulant intérêt et de vif plaisir : "Ça que je trouve si merveilleux" ne cessera-t-elle de s’exclamer. L’apparente frivolité de son discours est, comme l’humour, la chatoyante politesse du désespoir. "Oh le beau jour encore que ça aura été... Encore un... Après tout."

Happy Days, traduit par son auteur Samuel Beckett en un Oh les beaux jours sans aucun point d'exclamation, est une pièce en deux actes pour deux personnages, jouée en 1963 par Madeleine Renaud en Winnie et Jean-Louis Barrault dans le rôle de Willie. En voilà deux qui portent mal leurs prénoms : si en anglais, "to win" signifie gagner, et "to will" vouloir, sur scène, Winnie perd du terrain, s’enfonce davantage dans le mamelon, et Willie est désormais absent. Et puis willy, c'est aussi une quéquette, et les willies, c'est la trouille !

Accrochez-vous à ce que vous pouvez, les vieilles branches. Bon courage et hauts les coeurs (et pas l'éculé "prenez soin de vous").

FD

 

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