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Publié par Fred Desk

Dédicace au temps du journal bordelais « Nouvelles vagues », c'était bien avant celles du covid

Dédicace au temps du journal bordelais « Nouvelles vagues », c'était bien avant celles du covid

S2 E 19

C’est la seconde actualité de la rentrée, (très) loin derrière le coronavirus. Il a fallu une lamentable erreur d’un Gaston Lagaffe, qui croyait remettre ça en attaquant à coup de hache deux fumeurs (le tabac tue, la preuve) devant les anciens locaux de Charlie. Grâce ou à cause de cet imbécile, la plupart des Français savent désormais que le procès des attentats de janvier 2015 à Charlie Hebdo et à l'Hyper Cacher a lieu depuis début septembre à Paris. Devant une cour d’assises spéciale, pour juger quatorze accusés soupçonnés de soutien logistique aux assassins, 144 témoins et une quinzaine d'experts se succèdent à l'audience jusqu’à mi-novembre. Les douze tués de Charlie étant excusés, citons virtuellement un témoin de choix : Stéphane Charbonnier, plus connu sous son surnom, Charb. Dans un texte paru en avril 2015, mais finalisé deux jours avant l’attaque terroriste dans laquelle il a perdu la vie, le directeur de la publication satirique fustigeait « les racistes, les islamistes radicaux, les politiques démagogiques et les journalistes fainéants ».

Sa « Lettre aux escrocs de l’islamophobie qui font le jeu des racistes » (94 pages, dont 4 blanches pour prendre le temps de comprendre le titre) a paru aux éditions Les Échappés, créées en 2008 par Charlie et dirigéepar Riss, rescapé du massacre et désormais patron du journal. Selon Le Point, c’est une « charge au vitriol contre les médias, les bien-pensants ». Ce magazine de droite masochiste est cité malicieusement sur le site des Échappés en compagnie de… Challenges : « Il assure, il assume et il est nécessaire de le lire, de le relire ». C’est vous dire à quel point Charb les a tous retournés à titre posthume, même ceux qu’il choquait avant de devenir un exemple, voire un martyre. Retourner sa veste, toujours du bon côté. Il doit bien se marrer, là où il est avec ses copains dessinateurs Cabu, Wolinski, Tignous et Honoré. J’ai aussi une grosse pensée pour Oncle Bernard Maris, qui manque tant au débat contre la droite dure, sans masque et complètement décomplexée, mais aussi avec la gauche fourbe, qui avance masquée et nous inonde de bons sentiments.

Alors nous sommes Charlie, ou pas, ou un peu, peu importe, chacun est libre de se tromper (par exemple en reprenant bêtement le « Oui, mais... ils l'ont bien cherché ! »), mais pas de tuer pour des idées. « Le texte de Charb, c’est une ode à la liberté de croire, une ode à la liberté de blasphémer, une ode à la liberté de débattre et même de se moquer de soi ! » Dixit Gérald Dumont, dont le Théâtre K a eu le courage d’en faire une lecture-spectacle, malgré une « censure sécuritaire » et de nombreuses annulations. La parole est donc au témoin Sébastien, dont le fantôme à binocles est appelé à la barre. Jugez donc à quel point cet esprit affûté, père deidoles Maurice et Patapon, a pu dire toute la vérité, quitte à en crever au milieu de ses potes. Pages 27, surtitre : « Les caricatures de Mahomet ». Retour à la ligne : « Charlie Hebdo a publié des caricatures de Mahomet bien avant le scandale des caricatures danoises. Notons que les dessinateurs de Charlie Hebdo, avant l’affaire dite des « caricatures de Mahomet », étaient désignés et se désignaient eux-mêmes comme des dessinateurs de presse. Depuis, ils sont généralement présentés comme des caricaturistes. » Sens des mots et condescendance, quand vous tenez vos locuteurs.

Voici in extenso les cinq paragraphes suivants, le propos est trop pertinent pour le couper : « Ne nions pas le recours à la caricature pour commenter l’actualité, mais la caricature n’est qu’un élément du dessin. Il n’y a rien de honteux là-dedans, mais ce détail montre à quel point l’affaire des caricatures de Mahomet a influencé la manière dont le grand public envisage désormais le travail des dessinateurs de Charlie Hebdo.

Le prophète des musulmans a donc été dessiné dans Charlie Hebdo bien avant cette affaire. Aucune association ni aucun journaliste ne s’est montré horrifié devant ces dessins. Quelques individus exprimaient parfois leur désapprobation par un courrier, rien de plus. Pas de manifestations, pas de menaces de mort, pas d’attentats. Ce n’est qu’après la dénonciation et l’instrumentalisation des caricatures danoises par un groupe d’extrémistes musulmans que caricaturer le prophète des croyants est devenu un sujet capable de déclencher des crises d’hystéries médiatiques et islamiques. D’abord médiatiques, et ensuite islamiques. Lorsqu’en 2006, Charlie Hebdo a réaffirmé le droit pour un dessinateur de caricaturer le terrorisme religieux en republiant les caricatures danoises de Mahomet, les médias ont braqué leurs projecteurs sur le journal satirique. Charlie Hebdo devenait lui aussi une cible potentielle de la vindicte des fous de Dieu. Une publicité délirante a été faite autour de la publication de ces dessins, non parce qu’ils étaient particulièrement choquant, mais parce qu’ils ne pouvaient être que choquants, vu ce que leur instrumentalisation avait provoqué à l’étranger.

Le dessin représentant un Mahomet avec un turban en forme de bombe est resté le plus célèbre. S’il n’a pas été compris par tout le monde de la même façon, il a pu, en revanche, être lu par tous, puisqu’il ne comportait pas de texte. Ses détracteurs ont décidé d’y voir une insulte envers tous les musulmans.

Coiffer le prophète des croyants d’une bombe, c’était suggérer que tous les fidèles étaient des terroristes. Une autre interprétation était possible, mais elle intéressait moins les médias, dans la mesure où elle n’était pas sulfureuse et, donc, pas vendeuse. Mahomet coiffé d’une bombe pouvait dénoncer l’instrumentalisation de la religion par les terroristes. Le dessin disait : voilà ce que les terroristes font de l’islam, voilà comment les terroristes qui se réclament du Prophète le voient.

C’est parce que les médias ont décidé que la republication des caricatures de Mahomet ne pouvait que déclencher la fureur des musulmans qu’elle a déclenché la colère de quelques associations musulmanes. Colère de façade pour certaines… Dès lors que les micros et les caméras cernaient les représentants de ces associations et que les journalistes les pressaient de se prononcer sur le caractère blasphématoire de ces dessins, il fallait bien que leurs porte-parole réagissent. Il fallait montrer aux fidèles les plus énervés qu’ils étaient de vrais bons défenseurs de la foi. »

Des comptes à rendre

Vous lirez la suite si vous voulez, il vous en coûtera à peine plus qu’un paquet de clopes. Ah, si ! Je ne résiste pas au besoin de citer encore Charb, qui éclaire de ses lumières les ultimes événements : « Depuis l’épisode des caricatures de Mahomet et le retentissant procès (NDLR : celui de 2006) qui suivit, Charlie Hebdo est sous une surveillance médiatique presque constante. Qu’on ose publier une couverture représentant le Prophète ou même un personnage qui pourrait être pris pour lui, et c’est parti ! Le dessin en question sera présenté comme « la nouvelle provocation de Charlie Hebdo ». Et si la télé décide que c’est une provocation, il y a toujours une bande d’abrutis pour s’estimer provoqués. Que la presse titre « scandale » et il y aura des scandalisés.

Qui sont les islamophobes ? Ceux qui prétendent que les musulmans sont suffisamment cons pour s’enflammer à la vue d’un dessin grotesque. Un dessin qu’ils n’ont pu voir massivement que parce qu’il a été montré sur toutes les chaînes… L’islamophobie n’est pas simplement un marché pour ceux qui font profession de la dénoncer, c’est un marché pour la presse qui la promeut. » Fin de citation.

En lisant Charb, on (s’)aperçoit que bien d’autres témoins mériteraient d’être appelés devant la cour. Les journalistes du sensationnalisme et de l’inconséquence pourraient même faire un tour dans le box aux côtés des assassins et en compagnie de quelques femmes et hommes politiques, pour y être accusés de pousser au crime. Toujours prompts à faire monter la sauce, en totale inconscience de la portée de leurs propres caricatures de la réalité, en toute impunité, au nom de la sacro-sainte liberté d’informer. Leur cynisme va jusqu’à revendiquer leur liberté d’expression, celle que certains d’entre eux (voir le dégueulis des chaînes d’info continue) déniaient à Charlie après la republication des caricatures danoises en une du septembre dernier (quel titre magnifique : « Tout ça pour ça ») ! Nuance : loin de moi la volonté de caricaturer les « fake news », à l'instar du gros con du Queens.

En revanche, on ne peut pas à la fois dire plus jamais ça et attiser les braises, défendre pour un jour la liberté d’expression et sa bonne conscience en publiant une tribune commune, puis se planquer en laissant Charlie et d'autres publications exigeantes loin devant au quotidien. Pire, la crise de la Covid le prouve, avec son lot de conformisme anxiogène : comme Ésope, nous avons une malsaine propension à (nous) faire peur et à crier aux loups quand ils sommeillent dans leurs tanières. Les « journalistes fainéants », comme tous ceux qui les croient sur paroles, sont responsables, mais jamais reconnus coupables de cet « état de faits » si peu vérifiés, recoupés et donc incontestablement avérés. Superficiels, formatés, surprotégés derrière leur petit confort bourgeois et abrités derrière leur carte de presse, ils prétendent informer (littéralement, « mettre en forme »). Pourtant, le sujet, le fond, la portée et les conséquences du traitement de l’actualité n’ont pas vraiment d’importance à leurs yeux, une info passant par dessus l’autreQuelle lâcheté ! Le Grand Duduche, t’es mort pour des gros beaufs matant des chiens de garde aux aboiements insupportables, rendant inaudibles les véritables lanceurs d’alertes. Maurice, attaque la connerie et chie dans les bottes ! Patapon, fais-toi les griffes et pisse dedans !

FD, fumeur depuis longtemps, même plus peur

Et aussi : « Charlie Hebdo 50 ans de liberté d’expression », éditions Les Échappés (328 pages, 39 €), dans toutes les bonnes librairies depuis le 1er octobre

Expo « Le Rire de Cabu » jusqu’au 19 décembre à l’Hôtel de Ville de Paris, gratuit avec réservation sur https://quefaire.paris.fr/leriredecabu

Cet article a été publié deux jours avant la décapitation du professeur d'histoire-géographie et d'éducation morale et civique Samuel Paty à Conflans-Sainte-Honorine. Il avait montré les caricatures de Mahomet à ses élèves de quatrième dans le cadre d'un cours sur la liberté d'expression. Depuis, les réactions sont innombrables, mais pour combien de temps et pour quels résultats ? "Tué par la bêtise de quelques uns et par la négligence de presque tous." (Fred Desk sur un réseau social pernicieux).

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