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Publié par Fred Desk

Aux fesses du tourisme

S 2 E 15

 

« Ici vivent des êtres sauvages, des hommes abrutis, sans être pervers, des peuplades de bergers chasseurs qui naissent vivent et meurent, effrayés du tumulte des bourgs qui marquent la limite de leurs excursions. » François Arago en 1829 (homme important, la quarantaine, né Catalan, mort Parisien, avec ses certitudes).

 

« Le virus est encore là et vous pouvez être contaminés. » Ah bon ? Quelle nouvelle ! On croyait qu’il était parti aux antipodes. Sur les conseils de LCI, vous êtes donc priés de continuer à vous méfier de votre prochain et à vous laver soigneusement les mains avant et après avoir scrupuleusement évité des inconnus. « Et surtout, prenez bien soin de vous. » Mettez votre masque confectionné au printemps par la tante Adèle (lavé à 90 degrés et repassé nickel comme sa culotte) ou chirurgical à usage uniquement unique (si si, comme le kleenex, le sopalin et le lotus, si tu le retouches, t’as perdu). Le tissu bleu ciel pour la galerie et blanc cassé  pour l’arrière-salle n’est désormais pas seulement utile chez les personnels de santé pour sauver des vies. C’est parce que depuis qu’on vous a très légèrement caché la réalité, on a malencontreusement trouvé des stocks, alors on va les écouler avant la braderie, ce serait con de laisser perdre. Même si vous ne savez pas le porter, ce foutu masque, faites un effort, suivez la consigne. Et surtout, cela vous fermera bien votre grande gueule de franchouillards geignards pour la rentrée sociale. De quoi vous plaignez-vous, on n’est pas à Beyrouth, ici. C’est Saint-Macron qui le dit, entre un brunissement et une ablution à Brégançon.

 

Au lieu de râler tout le temps pour faire genre, placez donc votre masque sur l’ensemble des deux orifices des voies aériennes supérieures, appendice nasal compris, sinon, ça ne vaut pas, encore perdu, ça daille. Par arrêté contagieux, son port est maintenant obligatoire si vous circulez rue Sainte-Catherine, sur la place Stanislas, autour du Vieux-Port (à une semaine près, j’ai eu chaud) et plus près de vous dans un périmètre incluant la rue du Littoral, l’avenue Brémontier et le square des Genêts. En dehors de ces voies peu respiratoires, vous pouvez circuler sans danger et reléguer le masque devant votre glotte, comme c’est la mode, en attendant de reprendre l’apnée sur les bords de la Rouillasse à proximité du camping de l’Orée du Bois, ce dernier miraculeusement délaissé par les pyromanes locaux. Tout contrevenant aux règles, même absurdes (Duralex etc. qu’à la fin il se casse), est passible d’une remontrance courroucée de la maréchaussée vigilante et au prochain avertissement, le tribunal des flagrants délires vous menacera d’un gage humiliant de type goudron au pin des Landes et plumes de calhoc de l’île Maurice. Ouais, bon, c’est bien beau tout ça, hé, sans déconner, la France aime bien se faire peur, mais les vacances, c’est sacré. La deuxième vague, pas sur ma serviette. On ne va quand même pas se laisser emmerder par une pandémie de rien du tout, la plage est à tout le monde, et tant qu’elle est encore gratuite… Regarde, il reste encore deux mètres carrés de sable libre derrière la famille de saucisses de Francfort qui rôtit au soleil, en plus on a versé des arrhes non remboursables en janvier dernier, alors voilà. Et les people, tu crois qu’ils restent à la maison ? Ils sont tous au marché du Ferret, je l’ai lu dans Gala. Et sans masque, en plus.

 

Même pas morts

 

Eh ! oui, c’est bien le grand n’importe quoi, cette foutue épidémie ! Ce con de virus chinois fait lui-même porte nawak, particulièrement versatile et plus ou moins virulent, autrefois anti-vieux cons, dorénavant anti-jeunes imbéciles. La canicule devrait venir à bout en même temps des derniers vieux et de cette mauvaise grippe, mais tous résistent, à l’instar des fêtards ivres qui cherchent désespérément un after à l’aube en gueulant qu’ils n'ont pas sommeil. De toute manière, on s’en fout, carpe diem, il paraît que Poutine aurait trouvé le vaccin. Il s’appelle Spoutnik (qui se traduit « compagnon de route » en russe intersidéral), s’administre comme un vulgaire suppositoire, mais par voie orale et pour le même prix, il immunise par la même veine contre la peste subversive des opposants aux régimes en place. Ce qui est fort pratique, en ces temps si troublés par les bâtons dans les roues que mettent les écolos rêveurs dans notre « que du bonheur » autoroutier. Ils s’en foutent, les bobos verts, ils vivent en bio-autarcie et nichent dans le centre-ville. Comment veux-tu qu’ils comprennent le terroir, ces cons-là. Les vrais gens du terrain, ils ont besoin d’envahir la nature en été pour supporter leurs longs hivers confinés. Allez, c’est la fête, plus besoin de se faire des shoots de javel ou de s’enduire d’huile essentielle de nicotine, nous sommes sauvés de tout, sauf du ridicule. Ouf, on a eu chaud, hein mémé ! La rentrée sera joyeuse, les stades remplis jusqu’à la gueule par 5000 privilégiés tirés au sort (tapez 1 ou 2, appel surtaxé + prix du sms selon l’opérateur), les écrans seront rendus au public assis à une place sur deux, béatement consentant pour applaudir deux fois plus fort et sous la contrainte sèche d’un sbire frénétique les vannes lourdes de l’animateur trop mignon. Les rayons des centres commerciaux aux réserves qui dégueulent auront, ou pas, la référence de papier millimétré A4 par 16 feuilles exigée par le prof de techno, ce planqué qui n’a rien branlé depuis le 17 mars. Si ça l’amuse, du moment qu’il nous garde les gosses en septembre.

 

Le retour à la normale, on y croit. On se fera bientôt la bise au lieu de se conduire comme de froids anglo-saxons ou des asiatiques à courbettes, on se serrera la pogne avec vigueur en rigolant de nos ridicules effleurements de coudes, on se crachera au visage toutes les biles gardées précieusement dans la vésicule pendant la saison inaugurale de Covid-19-l’Attaque-des-Pangolins. Si vous insistez, on pourra même se mettre un bon coup de poing dans la gueule sans risquer la létale contamination épidermique. Le travail va manquer, il faudra bien se battre pour survivre, autant s’entraîner. Le monde d’après, imaginons-le. Des milliards de petits masques inoffensifs flottant à la surface des océans, des plages abandonnées, des coquillages dévalisés et des déchets éparpillés sur l’arène par nos glorieux siècles industriels. Les chiens n’auront plus de laisse (entendu dans les rues d’Arcachon : « ouh la la, il est pas attaché, t’as vu ? » ), ils ne feront plus chier que les rares mouettes en manque de poubelles de la société de consommation. Si le Gulf Stream ne se barre pas, l’eau de mer de l’été indien accueillera nos corps nus, loin des jumelles inquisitrices de la surveillance des plages. L’algéco des MNS ne servira plus qu’à s’abriter du vent d’automne. On pissera dessus, ça leur apprendra à faire fantasmer nos femmes avec leurs corps sans gras. Et puis merde, rentrez tous chez vous, les gens, vous avez fait assez de dégâts, ne cherchez pas à créer de clusters dans nos oyats. Vous n’y arriverez jamais, car nous aussi, nous sommes sûrs d’être immortels. À moins qu’un chasseur de sanglier ne nous prenne pour des moutons échappés de leur enclos.

 

FD, sauvage de la lande

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