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Publié par Fred Desk

À vos portables, prises de vues autorisées
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Saison 2 Épisode 13

 

Le 10 juin, il est 10 heures : c'est l'ouverture tant attendue de la première exposition des « Bassins de Lumières » à la Base sous-marine de Bordeaux, initialement prévue en avril et reportée pour cause de pandémie. Encore ensommeillé, juste un café avant d’embrasser le Port de la Lune par les quais, pour redécouvrir Bacalan qui se transforme chaque jour au pied de l’indestructible monolithe. Il en aura vu d'autres, de la noirceur de l’occupation nazie aux sunlights sur les Bassins à flot. Un nouveau hall d'accueil jouxte la Basele sas est classe, il filtre et discipline la file d’attente, pas trop longue, la réservation d'une plage horaire sur Internet étant privilégiée. En entrant dans le blockhaus, les visiteurs hésitent, il fait noir. Nous sommes des cobayes, en quelque sorte. « Le but de la visite, c’est d’avancer ! », dit un hôte quelque peu fébrile, trahissant le trac de la cohorte d’accueillants empressés, cherchant à se rassurer en échangeant un regard avec leurs collègues. Ils sont impatients de savoir si « ça » va marcher. On devine quelques reflets dans l'eau, des passerelles et garde-corps neufs se dessinent et l'orange d'une bouée de sauvetage attire l'oeil rasséréné. C’est sans danger. Soudain, la musique classique inonde la cathédrale de béton armé. Le temps que les yeux s’habituent à la lumière, on redécouvre, avec un putain de masque sur le visage, ramenant à la triste réalité laissée au dehors, les sombres alcôves aquatiques conçues pour dissimuler et armer l'Unterseeboot de la Kriegsmarine, le fameux « U-Boat ». Dans la seconde moitié du siècle dernier, un musée de la mer foutraque a occupé les lieux. On se souvient aussi des représentations avant-gardistes du festival Sigma et de manifestations, concerts et installations plus ou moins underground dans un cloaque à l'abandon. La base a semble-t-il délaissé l'éphémère, désormais partiellement aménagée en écrin artistique sécurisé. Une entreprise culturelle renommée et bien nommée, Culturespaces, créatrice de l’Atelier des Lumières à Paris 11ème, est chargée pour quinze ans d’exploiter un centre d’art numérique dans quatre de ses onze alcôves, ce qui en fait le plus grand au monde (12 000 mètres carrés)Si la politique culturelle métropolitaine donne de la suite aux bonnes idées, le reste de l'U-Boot basis a de beaux jours devant elle.

 

Grand public

Une inévitable chaîne d'infos en continu a décidé de suivre un couple de séniors au fil de la visite. Chacun son angle et son point de vue. Ici aussi, les images sont partout, belles et en taille XXL, sur les murs immenses, du sol au plafond, parfois projetées sur des installations aux allures de nénuphars. La longue séquence vidéo débute et les peintures s’animent : l’or et les couleurs de Gustav Klimt, annonciateur de la peinture moderne, et de ses contemporains autrichiens de l'Art nouveau, provoque l'Anschluss des sens. La mise en scène est monumentale, innovante et émouvante. Tout fonctionne et tous sont ravis, dans toutes les acceptions et dimensions possibles. Les spectateurs intimidés n’osent pas investir les recoins, pourtant nombreux et offrant des perspectives superbes. On reste le temps que l'on veut à écouter le piano cristallin ou une valse viennoise, il ne faut surtout pas avancer trop vite, ne pas hésiter à revenir en arrière pour saisir un nouvel instant magique, en croisant la troupe des nouveaux arrivants autorisés à pénétrer dans le bunker à chaque quart d'heure. Ce sera un refuge idoine pour prendre le frais dans la canicule estivale. Des enfants en liberté surveillée, mais retrouvée, courent après les images furtives de poissons qui traversent la chape sur un air d'opéra de Mozart. Les portes géantes des écluses se transforment en ailes de papillons pour renvoyer des visages kaléidoscopiques de femmes du passé. Elles observent le visiteur mis en scène au coeur de tableaux démultipliés, harmonieusement animés grâce à la technologie numérique. On peut s'assoir pour contempler, sur des gradins insolites ou encore des coussins géants dans une grande salle circulaire, la Citerne. Quelques applaudissements saluent la fin du programme long, suivi d'une dizaine de minutes d'une création consacrée à l’Allemand Paul Klee, peintre et musicien, artiste majeur de la première moitié du XXème siècle, dont l'oeuvre prolonge celle de Klimt. C'est tout aussi ravissant et vivifiant, que l'on soit profane ou initié.

Grands espaces

L'histoire de la base est évoquée dans un couloir illustré avec concision. Un organisateur de l'exposition répond à une interview en haut des travées, comme sur une scène inversée, potentiel théâtre de rencontres de personnes de la plus haute importance, donjon imprenable pour trinquer de la coupette entre bourgeois de Vienne ou de Bordeaux. En sortant à regrets au grand jour, le peuple se contentera d'une boutique bien achalandée et de l'amabilité de l'accueil, qui perdurera jusqu'au 3 janvier 2021, si le virus ou la rançon de la gloire n'en viennent pas à bout. « On n'a pas trouvé le Cube ! », remarque une dame, sans réponse claire et satisfaisante. C’est un espace perdu dans l’espace, dédié aux artistes contemporains de l'art immersif. « Il faudra revenir, madame. » Au programme du Cube : « Ocean Data », des formes, matières, volumes et couleurs en très haute définition, créés à partir de millions de données captées dans la mer, pour quelques minutes au coeur d’un océan digital et contemplatif ; « Anitya », création du collectif bordelais Organ’Phantom qui retrace l’histoire de la base sous-marine, réinvestie par la vie et la culture. La caissière de la boutique propose d'aider la fondation* en versant un euro supplémentaire. Le regard s'arrête sur le Mémorial aux Républicains espagnols, qui trône discrètement sur le bord du parking depuis 2012 (travailleurs forcés, 70 d'entre eux ont péri sur le chantier de construction de la base). Tôt ou tard, une nouvelle curiosité artistique nous conduira à un énième retour à la base.

 

FD

 

* La Fondation Culturespaces combat depuis 2009 l’exclusion culturelle dont sont victimes certains enfants malades, en situation de handicap ou fragilisés par la pauvreté et l’exclusion sociale. Elle leur fait découvrir les richesses historiques et artistiques et les aide à se construire par la culture : 16 000 enfants bénéficiaires, 560 ateliers pédagogiques, 970 visites de sites, plus de 500 structures sociales bénéficiaires, avec 75% des enfants qui visitent un site culturel pour la première fois.

 

www.bassins-lumieres.com

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