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Publié par Fred Desk

Prendre un râteau

S2E4

 

C’était la foule des grands jours chez Jardiland (« cultivez votre bien-être »), pour mon retour dans un centre « d’achats », comme disent les cousins d’Amérique. Chez nous, on dit seulement et laconiquement centre commercial. On pourrait faire bien mieux, nous qui ne savons que trop nommer les choses. C’est en partie ce qui rend notre peuple de France si hautain. Les voisins italiens nous trouvent ainsi, nous qui, début mars, donnions des leçons au monde entier en prétendant que ce qui arrivait à nos « amis transalpins » ne pourrait pas passer la frontière. Tous les chemins mènent au virus. On a pris un gros râteau. Pardon, on s’est fait éconduire. Il n’y a pas qu’à Venise, la ville des amoureux, que l’on porte des masques. Il faut reconnaître que nous avons des spécialistes. Sibeth dans le texte : devant les médias et le peuple, la chargée de communication du gouvernement ne peut pas utiliser de mots simples, c’est plus fort qu’elle. Cette semaine, elle a donné dans le « serviciel ». « Pratico-pratique », elle cherche à endormir avec ses éléments de langages, comme le serpent Kaa dans le Livre de la jungle : « Aie confiance ». Hypnotique, son rôle de communicante n’est pas de faire passer un contenu, mais un contenant, tant pis si c’est videElle n’a rien à dire, si ce n’est quelques graines qu’on lui a donné l’autorisation d’éparpiller à la cantonade, pour donner du grain à moudre aux pisse-copies. « Au moment où je vous parle, je n’ai pas d’informations plus précises à vous communiquer sur ce sujet. » Mais elle le fait avec résolution et brio (« les Français ne sont pas des enfants »), en tout cas avec le discours idoine, celui qui va bien, si vous préférez. Entre deux gaffes bien sûr, mais nous en reparlerons plus loin, et personne n’est parfait. Par exemple, je l’ai écrit dans ce blog pendant le confinement (qui, rappelons-le, n’en était pas un dans le premier discours à la nation de Macron) : « mal nommer les choses, c’est ajouter aux désordres du monde. » Je pensais citer Camus, comme tout le monde. J’ai découvert récemment qu’il n’avait pas écrit précisément cela, mais plutôt : « La logique du révolté est de s'efforcer au langage clair pour ne pas épaissir le mensonge universel », reprenant à son compte la pensée de son ami Brice Parain, qui disait :   « Mal nommer un objet, c'est ajouter au malheur de ce monde. » Dont acte. Voici donc une mise en abîme, comme quoi il faut être précis dans la vie, ne pas trop faire le malin et demeurer dans ses certitudes. Les orateurs, les éloquents, les beaux parleurs, ceux qui ont « fait des études », adorent asséner leur haut niveau de langage à ceux qu’ils regardent avec condescendance comme étant irrémédiablement « d’en bas ».

 

Je me souviens d’un adjoint de ma ville d’avant, universitaire et président de l’association dont j’étais l’un des administrateurs bénévoles. Dans une réunion, il avait cherché à mtester en me demandant si ce dont je parlais au cours de mon intervention était « comminatoire » (qui a le caractère d'une menace, se dit d'une mesure destinée à faire pression sur le débiteur). J’ai répondu par l’affirmative, il a semblé surpris que je connaisse le sens de ce mot. Il m’avait pris pour un con. Je suis à peu près certain que peu de personnes autour de la table ont compris. Peu importe, j’étais désormais adoubé parmi l’élite. Ce type était vraiment insupportableCeux qui ne comprennent pas vraiment ce qu’on leur dit, ne savent pas parler comme il faut et employer le mot juste rejoignent ceux qui emploient des tournures érudites et alambiquées. Chacun se regarde en chien de faïence, sans interaction possible, puisqu’on n'appartient pas au même monde. On a vu cela pendant la crise des gilets jaunes. Des visions, thèses, pensées, inconciliables, irréconciliablesDu travail, « je traverse la rue, je vous en trouve. » On ne cherche pas à dire et l'on ne comprend pas les mêmes choses. L’acception (signification particulière d'un mot selon le contexte où il est employé) est un leurre, son assimilation par tous est aux antipodes de ce qu’on rechercheC’est fait exprès, pour que deux mondes qui se croisent ne se rencontrent pas. C’est les sales cocos de la cégète à la table des négociations avec les salauds de patrons du medef, on se parle, on s’invective, mais on n'a pas les mêmes valeurs, les mêmes codes, les mêmes intérêts, la même vision de la sociétéSibeth fait dans le populaire. La voir préparer ses notes avec la clope au bec, comme un péquin préparant son ticket de PMU, la rend plus humaine. Elle a des gosses, elle fume, elle est comme nous. Oui, elle est comme nous, la petite Sibeth, sauf que : origines sénégalaises aiséeslycée Montaigne à Paris, études de philosophie politiqueDESS d'économie publique, spécialisée dans l’économie de la santé (mais elle ne sait pas porter un masque), une vraie ascension d’ambitieuse (on le voit dans ses yeux et ses postures)conseillère en communication et chargée des relations de presse pendant la campagne de Macron, une réussite puisqu’il a gagné, et peu importe les moyens pour y parvenir. Sibeth signifierait en Casamance « qui a gagné beaucoup de combats ». Depuis sa nomination au secrétariat d’état et porte-parole creuse du gouvernement en 2019, elle est connue de tous. Mais depuis ses premières bourdes, on peut voir comme des relents de racisme et de misogynie dans son dénigrement. Elle est femme et noire. Et traitresse à la gauche, pour ne rien arranger. Se foutrait-on autant de sa gueule si c’était un homme blanc aux allures de gendre idéal ? Pas sûr. Il y a de la jalousie aussi. Pourtant, on n’aimerait pas être à sa place en cette « séquence » de déglingos. Cela ne l’exonère pas d’arrêter de nous prendre pour des cons, ce prototype des « En marche ! ».  En 2017, avant la présidentielle, ils préparaient la révolution des idées et des pratiques hors des partis pris dans nos cafés, puis confrontés à la réalité, ont fait montre de leurs lacunes et de leur manque de bouteille. En France, homme politique, c’est un métier, cela ne s’improvise pas, il y a des écoles pour celaElles sont pour les cons de droite, comme disait feu mon père, qui vénérait Mitterrand le retourneur de veste, et ceux de gauche, leurs voisins de banc dans les grandes écoles, qui se tapent réciproquement dans le dos dans les couloirs de l’Assemblée. Cons de pauvres, ou pauvres cons, comme dit le petit Nicolas, dont le karcher n’est pas parvenu à éradiquer ces SDF qui devaient disparaître de nos rues, ni les paradis fiscaux qui prospèrent à nos portes, faisant fructifier le pognon de nos riches qui a échappé à la contribution au trésor public et donc à la redistribution des richesses de notre nation au service du bien et du destin des communs. Cette phrase est trop longue, mais je la laisse à votre appréciation. Vous qui ne pouvez pas comprendre, car vous ne faites pas partie des élus.

 

Je voulais vous parler de mon expérience banale et populaire à la jardinerie nationale, avec sa file d’attente aux caisses, longue comme un confinement sans terreau ni plantes vertes, son client roi qui se défoule et pique sa crise, faisant sortir la direction de sa tour d’ivoire pour mettre en pratique la formation théorique en désamorçage de conflit, selon la méthode enseignée dans une école de management. J’ai préféré ratisser large, et vous dire ce que je pense de nous. Allez, cultivons notre jardin. J’ai acheté des tournesols. Pourtant, tout ce qui brille n’est pas d’or.

 

FD

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