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Publié par Fred Desk

Talence

Talence

S 1 E 55 ou -2 !

Dans le parc, un couple joue au molky, une famille casquée dévale le chemin en vélo, le chien fait des bonds dans les herbes hautes. Je prends des photos comme si je découvrais la nature. C’est l’embellie entre deux orages, je m’assois sur un tronc abandonné à l’ombre, humant les beaux jours. Et puis nous rentrons juste à temps de cette promenade pour le spectacle de début de soirée : le ciel en colère. Les hirondelles tournoient dans un ballet frénétique et crient leur joie, il y a des nuées de moustiques à déguster pour l’apéro. L’air est lourd, la chaleur moite, le ciel s’assombrit, les premiers éclairs zèbrent le ciel. Les pieds nus sur la terrasse, je bois une bière fraîche et dorée avec sa mousse parfaite et désaltérante quand on l’aspire d’un coup et qu'on s'en met plein les babines. Le chien est inquiet. Des grondements secs parviennent jusqu’à nos oreilles et quelques grosses gouttes commencent à s’écraser au sol. Il fait vingt-cinq degrés, la température va chuter et lundi, jour de rentrée et du premier saint de glace, il fera dix degrés de moins. De quoi sortir couverts. En attendant, la pluie bienfaisante éclabousse mes jambes. Le vent se lève, les masses d’air s’affrontent et s’enlacent. Encore deux nuits et on pourra peut-être prévoir de se jeter éperdument dans l’océan, jouir des bienfaits des embruns, sentir le sable d’or glissant sur la peau, admirer l’horizon sans fin, pour qui sait imaginer le nouveau monde qui se cache loin derrière.

 

La douce ivresse de la cervoise belge envahit mon cerveau devenant agréablement cotonneux, des pensées folles surgissent, les désinhibitions supplantent ma raison qui vacille. Installé près d’une heure sur le pas de la porte, abrité par l’avant-toit, à apprécier l’instant, la clope au bec, déclenchant le cliquetis clair du zippo et l’écoutant se refermer sobrement entre mes doigts, la solitude gaie m’étreint dans un nuage de fumée. Le tabac et l’alcool m’étourdissent, dernière taffe, ultime gorgée, mais déjà le ciel blanchit, comme aurait dit Higelin. La pluie se calme, l’orage est parti tonner vers le cluster de la Dordogne. Les premiers escargots sortent de leurs tranchées, bravant la foudre de leurs timides antennes. Ils sont l’avant-garde de l’infanterie de l’ère humide. La bruine caresse leurs coquilles, je leur laisse le champ libre et rentre dans la maison, laissant la porte ouverte. J’allume la radio pour prendre des nouvelles du monde. Des auditeurs devenus locuteurs expriment leurs angoisses pour la reprise à une animatrice empressée, ses invités thérapeutes tentent de rassurer en mobilisant toute leur science. Pourtant, tout ce que l'on aura appris de cette période, c'est qu'on ne sait vraiment pas tout. Et quand c'est le cas, il vaut mieux fermer sa gueule. Un rayon de soleil se reflète dans la vitre et atteint mon visage. Des applaudissements surgissent et s’éteignent. De quoi demain sera fait ? Drôle de guerre.

FD

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