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Publié par Fred Desk

Le Tour de Gironde en 100 km à vol d’oiseau

S2E8

 

Seconde étape

 

« La peur », de Gibran Khalil Gibran, poète et peintre libano-américain du début du siècle dernier : « On dit qu'avant d'entrer dans la mer, une rivière tremble de peur. Elle regarde en arrière le chemin qu'elle a parcouru, depuis les sommets, les montagnes, la longue route sinueuse qui traverse des forêts et des villages, et voit devant elle un océan si vaste qu’y pénétrer ne paraît rien d'autre que devoir disparaître à jamais. Mais il n'y a pas d'autre moyen. La rivière ne peut pas revenir en arrière. Personne ne peut revenir en arrière. Revenir en arrière est impossible dans l'existence. La rivière a besoin de prendre le risque et d'entrer dans l'océan. Ce n'est qu'en entrant dans l'océan que la peur disparaîtra, parce que c'est alors seulement que la rivière saura qu'il ne s'agit pas de disparaître dans l'océan, mais de devenir océan. »*

 

Départ en fin de matinée vers l’océan. Objectif : quitter la chaleur lourde de Bordeaux pour la brise de mer. Sur les panneaux qui surplombent la rocade : « Covid protégez vos proches », un petit rappel au cas où l’on oublie, et c’est un fait, on a tendance à oublier que nous sommes en sursis. Pour se rendre aux plages océanes les plus proches de la métropole girondine, il y a plusieurs écoles, mais tous les chemins y mènent par des villages aux appellations pittoresques, comme disent les estivants : rigolons à « Blagon », si l’on hésite encore entre le Grand-Crohot (un crohot est une crête de dune aux allures de cratère de volcan) ou le Porge (en latin Porticus de Bogio, porte du Pays de Buch)contournons Sainte-Hélène et son nom d’exil pour rejoindre Lacanau (littéralement le canal), et si l’on se ravise, bifurquons vers Saumos au nom de fromage des années soixante et sa pinède isolée depuis que le train de la plage n'y passe plus. Il y a aussi Martignas-sur-Jalle avec son triste camp de Souge et sa route très étroite qui traverse l’immense champ de tirLe plus direct, c’est par Saint-Médard-en-Jalles et Le Temple, du nom d’une commanderie de Templiers (chevalerie chrétienne moyenâgeuse) qui créchait à proximité. Halte du XXème siècle pour y faire le plein de carburant, on y voit encore trois antiques pompes à essence ou le portique inutile d’une station-service esso fermée, avec le lettrage de vidange-graissage qui se barre en sucetteDe nombreux commerces du village ont disparu, mais quand les restos pourront réouvrir, faites une halte à La Dune, en allant ou en revenant du Porge. L’ambiance est comme à la plage, la marmaille a son coin à partager avec celle des tenanciers, c’est simple et sympaJ’espère que les trois mois de confinement n'auront pas la peau de mon spot favori en rentrant de « la Cantine », plage où les chiens se retrouvent en liberté. Pour la trouver, c’est sur la route des lacs, entre le Porge et Lacanau, prendre à gauche après un pont sur le canal, et c’est tout droit, mais attention aux ornières ! Dans les bonnes adresses du Porge, il y avait jadis un restaurant réputé, la grange au lierre, dont il ne reste que la végétation grignotant la façade. On peut se consoler avec les excellentes pizzas de Chez Mattéo. Il reste aussi un surf shop, un hôtel et des aires naturelles de camping. À part la plage bondée du Gressier, il y a celle de la Jenny, pas seulement réservée aux naturistes. En délaissant la bagnole, empruntez les pistes cyclables qui longent le cordon dunaire et parcourent la forêt entre les villages, dans une quiétude bienfaisante.


 

Nouvelles vagues

 

À la remontée vers le nord, en passant par la route de l’Esquirot (petit écureuil), on passe au dessus du canal à canoës et on rejoint le lac de Lacanau à la petite plage de Grande Escoure (où Notre Dame de la Paix ressemble à la chapelle en plein air de Piraillan) et Longarisse, station balnéaire voileuse galement aux airs piraillanais) qui mérite le détour pour un plongeon dans l’eau douce. À deux pas du bord d’océan bétonné, on peut trouver des havres calmes et tranquilles. Pour l’Atlantique, privilégiez les plages sud, vers le Lion, en passant par le Baganais pour éviter la cohue. C’est là qu’après avoir enjambé les immortelles des sables et les gourbets (oyats), je pose ma serviette et me jette immédiatement dans l’écume à 18 degrés, à l’instar du chien qui a dévalé la dune comme un dératé. À l’exception de deux méduses échouées, c’est la mode de la marche dynamique, on ne sait jamais, si un contrôle venait par le large. Je n’ai jamais autant vu de promeneurs en bord de mer. Des nanas discutent en longeant la côte : « La question, c’est : est-ce que tu décales ta grossesse d’un an ? » Il y a des humains dont la vie est tellement planifiée que même les gestations sont programmées pour ne pas gêner une carrière. Je m’allonge sans scrupules pour sécher au soleil et me sers du labrador ensablé comme d’un coussin, lui grattant le poitrail pour le gratifier. Au retour, passage par le centre pour prendre à boire, les files d’attentes chez les glaciers étant démesurées. Boissons à emporter alignées sur une table barrant l’entrée d’un café désert, avec une affiche couleur locale indiquant la distance de sécurité de la longueur d’un surf, j’en prends pour une addition aussi chère qu’au centre de Bordeaux. 

 

 

Aussitôt sur le trottoir, une fliquette en binôme me dit fermement que je n’ai pas le droit de boire de l’alcool sur la voie publique. Surpris, je souris et bredouille, elle regarde ma bouteille, se ravise et me dit : « C’est du cidre ? Ça va alors. » La gendarmette ne sait pas que le cidre brut a le même degré d’alcool que la bière. « Bonne fin de journée ! » Je repars et remonte dans la voiture, un vieux du cru aux jambes arquées revient de sa quête de baguette, des filles habillées court et léger traversent la rue, et je me dis que ce premier bain de l’année était une vraie réussite. J’ai l’impression d’avoir rejoint un eldorado à l’autre bout de la planète, le temps de quelques heures bien agréables et dépaysantes dans une moiteur quasi tropicale. C’est l’effet du déconfinement, les jouissances de la vie sont exacerbées, même à Lacanau-Océan. À l’Escourette (petit canal), on joue beaucoup à la pétanque, un autre plaisir simple retrouvé, je prends une route sans nom pleine de trous, fais demi-tour pour retrouver une chaussée lisse et me résous à rentrer vers Bordeaux, où je croise des voitures avec la déco à la mode, le masque pendu au rétro. Au milieu des citadins masqués et en nage, je suis détendu, en maillot et paré de sable doré des chevilles aux cheveux. J’allume la télé, le « Chaouch express » de Quotidien est à… Lacanau ! Des « ambassadeurs de plage dynamique » (c’est écrit sur leurs t-shirts tout neufs) font se lever devant la caméra les gamines qui pique-niquaient affalées en scred sur leurs paréos. Le maire de droite Lolo Peyrondet, en jean’s rouge et chemise lacoste de minetgasconne triomphalement (« j’ai gagné »il n’y aura pas de second tour aux municipales), sa plage centrale est enfin ouverte aux clients, 10 000 personnes prévues sur les routes de l’Ascension, « c’était blindé dès 9 heures du matin », selon un surfeur ravi200 bornes aller-retour pour entendre dire ça en rentrantmais fort heureusement, je les ai tous évités sur place, ça m'a fait des vacances. Car même en remontant plus au nord vers la pointe du Médoclà où la Gironde devient un océan et la civilisation un horizon lointain, on sait qu’on trouvera toujours des coins peinards et l’espoir d’un été sans fin.

 

FD

 

PS Je voulais vous donner une bonne adresse à Lacanau-Océan, le Café del Sol, mais comme mon Poulailler, il a fermé l'an dernier, décidément tout va à vau-l'eau. À la place, faites un détour par la réserve naturelle de l'étang de Cousseau, entre lacs de Lacanau et de Carcans, c'est superbe. https://site.sepanso.org/RNN_Etang-Cousseau

 

*Merci à Christophe, pote de jeunesse.

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