Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Fred Desk

Alerte pour les jours d’après

S2 E7

Le biologiste Gilles Boeuf redoute l'arrivée d'une pandémie beaucoup plus meurtrière si l'on ne change rien. Cet éminent biologiste français, récemment installé à Bordeaux, nous met en garde. Il faut trouver un autre type de croissance et consommer différemment. Arrêter de détruire, polluer, surexploiter, disséminer. Si on ne fait rien, des pandémies peut-être plus graves pourraient se multiplier. 

 

Gilles Boeuf est catégorique. Si la vie reprend exactement comme avant, une nouvelle épidémie frappera. " Qu'est ce qu'on fera alors ? On reconfinera ?" Gilles Boeuf est de ceux dont la parole compte. C'est un scientifique de renom, professeur d'université aujourd'hui retraité, il participe toujours à des conférences où il est invité pour partager son éternel combat pour la  biodiversité. Il a dirigé une institution, le Museum d'Histoire Naturelle de Paris. Il a pris une part active à l'organisation de la COP21 à Paris en 2015. Le scientifique va plus loin. "Le covid-19 se propage certes très vite, mais il n'est pas très virulent, et il s'attaque essentiellement aux personnes les plus fragiles". "Qu'en sera t-il du prochain ? S'attaquera-t-il aux jeunes ? Imaginez une pandémie qui tue beaucoup plus ? On n'y survivra pas".  "Ce sont des choses qui nous guettent et on le sait", affirme le biologiste qui rappelle que l'OMS nous avait prévenu dès 2003 que de telles pandémies se succèderaient dans les années 2020/2040. 

 

"Nous devons changer, c'est fondamental"

"Ce virus, c'est 15 petits gènes capables de mettre à genoux les économies actuelles. C'est là qu'il faut réfléchir" dit-il. Comment a t-il pu se développer et prendre une telle ampleur ? "Parce que l'on a créé des conditions effroyables de promiscuité entre des animaux sauvages qui n'auraient jamais dû se croiser". Il rappelle que les précédentes grandes épidémies étaient également issues d'espèces animales. Le monde actuel "a un irrespect total pour la biodiversité". Des milliers d'espèces ont disparu, d'autres ont dû se déplacer. L'équilibre naturel est perturbé. La faute à la déforestation, au bétonnage à outrance, à l'agriculture et à l'élevage intensif... "On détruit les écosystèmes et on pollue tout partout en permanence. Avec des pesticides, des insecticides, des métaux lourds, des perturbateurs endocriniens…" "L'homme ne fait pas du tout attention. Il s'empoisonne en permanence et massacre le monde vivant. On ne peut pas continuer comme ça".  C'est ce qu'il explique dans ses trois sessions de réflexions qu'il a enregistré pendant le confinement à la demande de Cap Sciences.

 

L'avion, pas trop souvent

"Le low cost est la pire des bêtises pour l'environnement". Les voyages se sont démultipliés avec l'arrivée des compagnies à bas prix. "Le trafic aérien double tous les 7/8 ans. C'est pas possible. On compte 120 000 avions par jour dans le monde. Est-ce qu'on va revenir à ces mêmes chiffres ? Il faut arrêter cette expansion ! C'est irresponsable !", s'insurge celui qui a présidé la commission environnement des Assises du transport aérien en 2018. Il applaudit d'ailleurs, contrairement à certains élus, le projet d'abandon de la liaison Air France entre Bordeaux et Paris Orly.

 

Un premier pas

Sommes-nous prêts ? "Cela peut paraître utopique, mais si chacun fait un petit geste les choses peuvent évoluer favorablement", veut croire cet esprit scientifique soucieux de l'avenir de l'humanité. Ainsi, a t-on réellement besoin de plusieurs voitures au sein d'un même foyer ? Pourquoi ne pas maintenir une partie des salariés en télétravail un ou plusieurs jours par semaine ? A t-on vraiment besoin de changer de téléphone ou de chaussures aussi souvent ? Pourquoi ne pas économiser plutôt pour se permettre d'acheter de la nourriture de meilleure qualité et respectueuse de l'environnement ? Les pistes ne manquent pas… "C'est du bon sens"; insiste Gilles Boeuf qui pense qu'il est essentiel d'éduquer les enfants dès le plus jeune âge. "Il faut leur expliquer qu'ils sont faits de bactéries tout comme les autres êtres vivants sur cette terre".  Le monde économique va-t-il prendre la mesure de tout cela ? "Il doit absolument prendre en compte ces données. Il faut arrêter cette économie délétère, suicidaire et stupide qui consiste à faire du profit en détruisant la nature et en la surexploitant". Gilles Boeuf explique que nous devons combattre l'imprévoyance, l'arrogance et la cupidité. "Notre système demain devra être en harmonie avec la planète, nous devrons nous préoccuper de nos impacts sur l'environnement. Il faut trouver un autre type de croissance".  Tout n'est pas fichu, mais "il faut qu'on change, c'est fondamental" martèle-t-il. 

 

Ecoutez les trois sessions du "Jour d'après" (de 15 minutes chacune) enregistrées pour Cap Sciences :

https://www.cap-sciences.net/au-programme/evenement/en-ligne-coronavirus-le-jour-dapres

Partie 1 : En quoi la chute de biodiversité et l’accélération du changement climatique influenceront les décisions prises pour le jour d’après ?

Partie 2 : Crise du coronavirus : quelles leçons seront tirées pour les décisions du jour d’après ?

Partie 3 : Réconciliation écologie et économie : une des solutions pour le jour d’après ?

 

Gilles Boeuf est docteur ès-sciences naturelles. Il a notamment fait sa thèse de troisième cycle en biologie du développement à la station de biologie marine d’Arcachon.

 

Source : France 3 Nouvelle Aquitaine

 

Synthèse des pistes énoncées par Gilles Boeuf dans ces trois vidéos (à écouter en faisant la cuisine ou en peignant ses volets), où il répond avec conviction et pertinence à des questions d'internautes :

1. L'imprévoyance, l'arrogance ("très masculine !") et la cupidité des humains. Maltraitance de la biodiversité, désordre écologique, on vit au dessus de nos moyens.

2. Tenir compte de l'humain ET du vivant non humain. Aller vers un autre type de croissance et un autre mode de vie ("une fois mort, on ne peut pas résilier !" et aussi "la collapsologie n'a aucun sens.").

3. Avoir la culture de l'impact ("que se passera-t-il si je fais ça ?"). Tuer l'imprévoyance. Sobriété, éducation et émerveillement pour le futur ("nous avons un petit bout d'océan à l'intérieur de nous-mêmes").

Albert Einstein : "Le monde ne va pas mal des gens méchants ou stupides, mais des gens normaux comme nous qui les laissons faire."

Gilles Boeuf : " Produisons l'effort de changement pour que le probable qu'on nous promet ne se produise pas."


FD

Alerte pour les jours d’après
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article