Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Publié par Fred Desk

Flot de Gascogne

S1E40 ou - 16 !

Fin de semaine touristique avec un retour dans le Lot-et-Garonne sur les traces du fantasque roi Henri (voir S1E37). Le Petit et le Grand Nérac se font face, confinés chacun sur sa rive de Baïse.

 

À l’entrée de la ville, une statue d’Henri IV annonce la couleur locale. Pourtant, Nérac n’est pas seulement le fief d’Henri le Navarrais et de la famille d’Albret. Des traces de villas gallo-romaines attestent de son existence dès l’Antiquité. C’est aujourd’hui une ville-marché réputée pour la qualité des produits de son terroir fertile ; Nérac, "près de l’eau", source de vie entre sable de la plaine landaise et calcaire des collines gersoises. Une frontière où passé et présent s’entremêlent.

 

Jadis carrefour des ambitions, rayonnant dans toute l’Europe sous le règne de "Noste Henry", la sous-préfecture (18000 habitants au XVIème siècle, à peine 7000 au dernier recensement) a été mise à l’écart des axes de communication. Pour le transport des marchandises, le chemin de fer a supplanté Baïse (pas d’article, ici on parle d’un cours d’eau comme d’une personne). Les sabots de chevaux ne cognent plus sur les chemins de halage. La "113" et l’autoroute suivent Garonne, là-bas, à vingt kilomètres au nord. Alors Nérac s’est assoupie, préservant son authenticité.

 

D’abord, il y a le Petit Nérac, sur la rive droite. Au Moyen-Âge, c’était le Nérac des masses laborieuses et des artisans reclus derrière des fortifications entre rivière et rocher. Ruelles flanquées de maisons à colombages et escaliers inégaux débouchent sur des places et des fontaines, lieux de la vie sociale d’antan. Le patrimoine néracais est particulièrement abondant. La vue peut l’embrasser depuis le belvédère, puis le scruter en redescendant au bord de la rivière avant de passer le superbe pont-vieux gothique.

 

Ce fut pendant longtemps l’unique lien entre le Nérac populaire et l’autre, le "Grand". Celui des princes, des nobles et des bourgeois, des cours intérieures et des hôtels particuliers. Il y avait bien une passerelle reliant les deux rives, mais elle était à l’usage exclusif des souverains. Son emplacement a été choisi au siècle dernier par Haussmann pour y édifier un pont digne de ce nom. Quelques années plus tard, le baron urbaniste mettait de l’ordre dans Paris.

 

Histoires d’eaux

 

La Révolution et le besoin de pierres de construction n’ont épargné qu’une aile du château royal construit sur le rocher escarpé qui domine Baïse. En revanche, l’église Saint-Nicolas restitue par sa taille la grandeur passée des ducs d’Albret. Et la toute proche Maison des Conférences a marqué l’histoire de la France : Catherine de Médicis la catholique y a signé le traité de Nérac, ébauche de l’Édit de Nantes, qui mit une fin provisoire aux guerres de religion. Louis XIV était vraiment un con.

 

La petite histoire ne dit pas si une fois l’âpre négociation terminée, Cathy s’est mise au vert dans l’immense parc royal de la Garenne. Une autre femme, du peuple celle-ci, y a perdu l’anonymat et la vie. La belle Fleurette, fille du jardinier du parc, a été séduite par Henri. Quand il l’a quittée, elle en serait morte de chagrin. Depuis, les amoureux content fleurette. La fontaine des Marguerites et du Dauphin sont jalouses de celle de Saint-Jean qui côtoie la statue de la désespérée.

 

D’autres histoires pas très catholiques circulent sur l’usage du pavillon des Bains du Roy. Seule Baïse en fut témoin, mais elle si discrète. Elle s’est pourtant mise en colère en 1952, arrêtant net toute navigation fluviale. Les bateaux de plaisance peuvent désormais glisser entre les écluses depuis Valence-sur-Baïse via Condom et Moncrabeau. Le coeur de Nérac est à nouveau irrigué, même si la ville n’a jamais cessé d’exister, animée chaque samedi par le marché fermier.

 

Malheureusement, les fêtes du Petit Nérac de début mai n’auront pas lieu cette année. À cette occasion, tout le Pays d’Albret afflue, cultivant la tradition de la Gascogne bien vivante et arrosée par le Côtes de Buzet et le Floc. Mais si tout va mieux, on pourra se rattraper mi-décembre avec la foire au gras !

 

FD

 

Pour s’y rendre : à 120 km et 1h25mn de Bordeaux, par l’autoroute A 62 Bordeaux-Toulouse, sortie Aiguillon (péage 8€), puis D108 via Damazan et Buzet-sur-Baïse et D258 entre Lavardac et Nérac.

 

"Baïse" (peut-être du basco-aquitain ibaia, fleuve ou rivière), longue de 188 km, prend sa source dans les Hautes-Pyrénées sur le plateau de Lannemezan, à Capvern-les Bains, et conflue avec la Garonne à Saint-Léger, près d’Aiguillon. Elle est navigable sur 62 km et communique avec le Canal latéral à la Garonne à Buzet. Pour information, l’un de ses affluents gersois s’appelle la Bèze, le bonheur est dans le pré.

 

Et aussi : bientôt le retour des locations de bateaux avec ou sans permis, croisières commentées, Lud’O Parc aquatique, Train touristique de l’Albret, Véloroute de la Baïse, randonnées pédestres, etc.

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article