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Publié par Fred Desk

Ars et ses satellites

S1E35 ou -21 !

Ras le bol du virus. Pour changer d'air, on se promène depuis hier le long des cours d'eau. Nos ruisseaux bordelais affluents de la Garonne par l'ouest prennent leurs sources aux portes du plateau landais dans des secteurs voisins, entre Cestas, Pessac et Mérignac. Tour d’horizon.

 

L'Eau Bourde traverse six communes sur 22,5 km : Cestas, Canéjan, Gradignan, Villenave d'Ornon, Bègles et Bordeaux. Elle prend sa source le long de l'ancienne route de Bayonne, au lieu-dit Birelade (virage) entre Jauge et Cestas, où elle longe le centre-ville. L'Eau Bourde est alimentée par l'eau des lagunes de la lande et par deux ruisseaux, dont celui des Sources à Canéjan. Ce dernier surgit derrière Gazinet d'une source ferrugineuse et d'une fontaine minérale, la grande source, mises en valeur avantageusement au parc de Monsalut. L'Eau Bourde coule près du bourg de Canéjan et rejoint ensuite à Gradignan le prieuré de Cayac (chemin de Compostelle, parc et moulins), les parcs de Mandavit et du Moulineau, à proximité des Fontaines de Monjous. Après le domaine Don Bosco, elle se divise en deux bras au Pont de la Maye (peut-être le pont du delta, "may" ou "maj" pouvant signifier grand, ou "mair" mère, "mar" mer) à Villenave d'Ornon (ville nouvelle du comté d’Ornon). L’Eau Bourde entre à Bègles par le parc de Mussonville, s'évacuant du sud au nord par les esteys de Lugan, de Tartifume et de Franc. La branche qui remonte vers Bordeaux, est maintenant canalisée et souterraine. L'Eau Bourde devient Estey Sainte-Croix à Mussonville derrière le lycée Vaclav Havel, passe entre gare de Bègles et cité cheminote du Dorat, puis au pied du stade Musard et devant la station de tram du même nom.

 

Là-même où existe un branchement, la Maye de Bernet, nommé autrefois ruisseau de la Moulinette, qui se jette dans la Garonne à Bègles au niveau du quai Président Wilson, avant le très futur pont Simone Veil. Plus loin, l'Eau Bourde - Estey Sainte-Croix forme confluent avec le Ruisseau d'Ars sous la jonction des rues Brascassat et Carle Vernet et se divise alors encore en deux bras (cassés, donc). Le premier s’écoulant au nord jusqu’au pied de l'abbaye Sainte-Croix (autrefois appelé Estey de Bègles puis de Sainte-Croix, pour une bonne raison), qui se jette dans la Garonne au niveau de la rue Peyronnet (après le pont Saint-Jean). L’autre branche, également nommée l'Estey-Majou, qui historiquement était le prolongement naturel de l'Ars, se jette dans la Garonne au sud du quai de Paludate au niveau de la rue des Maraîchers (ancienne partie de la rue Carle Vernet, à côté du marché d'intérêt intersidéral de Brienne). Le cours de cette rivière, connue aussi sous le nom d'Eau de Peyrelongue (grosse pierre) subi dès le Moyen-Âge des perturbations anthropiques (traduction simultanée : du fait des humains) importantes à l'approche de la Garonne. Je ne vous le fais pas dire.

 

Mais au fait, pourquoi l'Eau "Bourde" ? Les étymologistes sont cois. Pour ma part, je n'émettrai pas l’hypothèse hasardeuse selon laquelle elle serait très gaffeuse en son lit. Plus vraisemblablement, c'est l'eau qui va à Bordeaux, Bourdeaux comme on disait jadis, et avec l'accent gascon, Bourde n'est que la francisation éhontée de ce qui s'écrit bien "Bourda". Gardez bien la bouche ouverte à la fin !

 

Au plus près

 

Le Peugue, lui, (mot gascon dérivé du latin pelagus, eaux débordantes, pleine mer, le large, l'océan) poursuit fièrement son cours sur 13,52 km depuis le bois de Magonty à Pessac, aujourd’hui Bois des sources du Peugue (voisin du Monsalut cestadais). C’est au bout de l’avenue du Port Aérien, derrière l'ancienne discothèque le Pacha. Il passe entre le Bourgailh et l'Alouette et file tout droit jusqu’à la Garonne où il se jette en aval immédiat du Pont de Pierre. Le Peugue entre dans Bordeaux via le parc Lescure, longe la place Pey Berland (archevêque gascon du XVe, philanthrope et frondeur) et rejoint la Garonne en bas du cours d’Alsace et Lorraine, formant avec la Devèze un delta marécageux creusé par les Romains au Ier siècle pour en faire un port. Celui-ci était situé entre l'église Saint-Pierre et la porte Cailhau, entrée principale de la cité depuis le port et son quai pavé en cailhau, les cailloux du fleuve.

 

Un grand nombre de moulins étaient répartis sur son parcours. Le dernier qui subsiste est celui de Noès à Pessac (inscrit à l’inventaire des Monuments historiques). On se baignait, on pêchait ou canotait sur le Peugue. Grâce à lui ont été créées des pièces d’eau aux XVIIIe et XIXe siècles. Aujourd’hui, de grandes portions de son lit sont visibles sur la commune de Pessac et un circuit piéton-vélo permet de le découvrir. Le Bois des sources du Peugue est devenu l’un des plus grands espaces boisés de l’agglomération bordelaise (113 hectares) avec un étang de 2,5 hectares. Quelques noms de rues attestent du passage du Peugue : à Noès, les rues des Lavandières et des Cressonnières ; aux Échoppes, l’avenue du Vallon où se situait le pont d’Arlac ; au Burck, la rue du Vivier et à Verthamon, près de l'avenue Jean Cordier, non loin des Carmes Haut-Brion, la rue du Peugue. Quand j'étais jeune, avant la construction de la rocade, la route bénie de Piraillan-Forêt passait à Pessac au dessus de l'Ars avant les rues du Bas Brion, du Madran à Bellegrave, du Peugue au Burck, des Ontines à Mérignac-Chemin Long.

 

Le Madran (environ 2 km de long), affluent du Peugue, est né au milieu des vignes de Pape Clément (rues du Fon de Madran et du Moulin à proximité, lit visible rues Larouillat et Roger Cohé en bout de vignoble), alimenté par une seconde source située actuellement dans une fontaine du domaine du Forestier (construite sur l’emplacement de la source ferrugineuse qui alimentait la motte castrale à l'origine du château du pape Clément V). Il passe sous le carrefour de la Cannelette (petit canal). Autrefois, il traversait le quartier bas du Poujeau, longeait le château Bellegrave pour terminer sa course en se mêlant au Peugue, juste avant le moulin d’Arlac (disparu, mais la rue du Moulin existe côté Mérignac). C'est situé derrière le campus de Carreire et le C.H.U. Pellegrin. Les Ontines (long de 5,75 km) est un ruisseau qui prend sa source dans les zones marécageuses de la lande à l’ouest de Mérignac. Il recueille les eaux du Pas de l'Âne (1,21 km), traverse la commune en grande partie sous buses et rejoint le Peugue au cœur du campus de Carreire.

 

La Devèze (patronyme ou toponyme incertain et contesté, désignant un ancien paysage rural) : longue de 10,45 km, elle prend sa source à Mérignac au lieu-dit Beaudésert. (tristement connu pour son camp de transit). Elle traverse la commune tantôt à ciel ouvert, tantôt en canalisation, jusqu'au parc de Bourran où elle a alimenté l'étang. Ensuite, elle disparaît, enterrée petit à petit par la ville de Bordeaux. Elle passe sous le quartier Saint-Pierre pour se jeter dans la Garonne avec le Peugue au niveau du quai Richelieu. Une rue porte son nom le long du cimetière de la Chartreuse, et la rue de la Devise, à Saint-Pierre, fait référence à la rivière qui passe en dessous. Pendant longtemps, la Devèze a servi d'égout "naturel" à Bordeaux. Comme toutes les rivières urbaines, elle est un enjeu de réhabilitation des espaces naturels intra-urbain longtemps souillés. Ah, les parfums de Saint-Pierre !

 

Au grand large

 

Je ne résiste pas à l'envie d'évoquer le sudiste Saucats (prononcer saoucats, la sahuquèra est un lieu couvert de sureaux), du même nom que le village où est né mon grand-père : rivière de 21,16 km qui prend sa source dans la forêt des Landes girondines, traverse La Brède et son château, Saint-Médard d'Eyrans et Ayguemortes-les-Graves pour rejoindre la Garonne à l'Isle-Saint-Georges, adorable village à 20 km en amont de Bordeaux. Ses principaux affluents sont le Brousteyrot (6,84 km depuis Léognan), la Craste de Lias (4,05 km) et la Couquilleyre (3,4 km, son lit est garni de coquillages fossiles, il faut visiter la réserve géologique à Saucats). 

 

Au sud de Bordeaux, les autres affluents de la Garonne sont l'Eau Blanche (17,81 km de Saucats à Villenave d'Ornon, aux portes de la métropole), le Cordon d'Or (10,9 km de Léognan à l'Isle-Saint-Georges) et le Gat Mort (36,98 km d'Hostens à Beautiran). Plus en amont, c'est le Ciron, long de près de 100 km et qui arrive de la limite des Landes et du Lot-et-Garonne jusqu’à Preignac et Barsac (il a donné son nom à Cérons où il se jetait au Moyen-Âge), en passant par les châteaux de Cazeneuve à Préchac (Henri IV et la Reine Margot) et de Villandraut, le village de Clément V, le pape girondin. Au nord de Bordeaux, on trouve les Jalles médoquines, dont celle de Blanquefort (31,81 km de Saint-Jean d'Illac à la Garonne via Saint-Médard-en-Jalles et les marais de Bruges). 

 

Et d'est en ouest et du sud au nord, c’est notre fleuve Garona, la Garonne appelée par son prénom, nourrie de torrents pyrénéens et de rouilles (ruisseaux colorés par le fer contenu dans l'alios, la pierre landaise), arrius, aigas, crastes, esteys, ces rivières qui chuchotent nos petites destinées occitanes, du Val d'Aran à la Pointe de Grave.

 

FD

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