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Le jour d’après

S1 E2

Aujourd’hui, ma fille pré-adolescente a décidé de faire de la pâte à tartiner, sans lait concentré sucré. Cet ingrédient de base est absent des rayons du supermarché de quartier, vidé avant le confinement par des inconscients inconséquents. Un fiasco huileux, ni pâte à la noisette, ni mousse au chocolat, j’ai été le seul à le trouver comestible et j’en mangerai toute la semaine, pour ne pas gâcher. Elle a fait une liste des « activités anti-ennui » et veut aussi voir un film par jour. Il y a « Le jeu », car sa copine Charlotte, avec qui elle a passé trois heures en appel vidéo sur WhatsApp, lui a dit que c’était bien. D’après ma sacro-sainte critique de Télérama, c’est un jeu de massacre, en dépit d’un casting « attrayant », par exemple Bérénice Bejo et Roschdy Zem. Mon fils et moi avons plutôt validé son second choix de Hitch sur Netflix : Will Smith expert new yorkais en donjuanisme qui devient accro d’Eva Mendes en 2005. Une aimable plaisanterie déjà vintage avec surtout un second rôle épatant, Kevin James, pour s’évader en famille en première partie de soirée. En attendant ma série de minuit sur Canal à la demande, quand les enfants acceptent de se coucher. Demain soir, je serai tout seul pour regarder Arte en danois sous-titré, vautré en survêt sur le canap’ avec bol de chips bio et verre de bordeaux sur l’accoudoir de la méridienne. Mes enfants auront rejoint leur mère qui aura son tupperware de plâtre à tartiner, il faut bien qu’elle en profite aussi. Avant de partir chez elle, je dois penser à remplir notre « attestation de déplacement dérogatoire » pour faire les deux kilomètres qui nous séparent de l’autre foyer monoparental. Nino m’a demandé s’il en était ainsi pendant la guerre. Je lui ai parlé des ausweis.

Le second tour des élections n’aura pas lieu dimanche prochain, au surlendemain du jour du printemps. Ce serait pour le lendemain du jour de l’été. De toute façon, tout est reporté, remis à plus tard, renvoyé aux calendes grecques, hormis les JO. Plus vite, plus haut, plus fort que tout le monde pour faire du pognon sur le dos des sportifs. Quant à mes séjours sur les traces de mon grand-père Poilu, prévus de longue date en semaines 17 à 19 dans les Hauts-de-France et le Grand Est, ils sont mal engagés. Tombés à l’eau, celui de mes enfants sur l’île de Minorque et le nôtre dans le golfe du Morbihan pour rencontrer le nouveau né de la famille. Conjuration et défoulement : j’ai dansé bêtement et exagérément sur Véronique Sanson qui passe à la radio. Interloqué, mon chien a remué la queue et mis entre ses crocs un os en plastique pour jouer avec son pantin de maître. Mon agitation subite a provoqué une toux profonde et sèche. J’ai flippé le temps de reprendre mes esprits et mon souffle. Le coronavirus est, paraît-il, le cauchemar des hypocondriaques. Ma fille a fait des révisions de maths sur le site du Cned-Ma classe à la maison en s’insurgeant : « Ils nous mettent des images de bouffe à tous les exercices ! » Son frère ado est sorti de sa tanière et nous a rejoint pour résoudre des fractions simplifiées, nous n’étions pas trop de trois pour comprendre la consigne. À la nuit tombée, j’ai fumé une clope sur la terrasse. Silence total, les oiseaux dormaient. À 20 heures, nous avons applaudi avec enthousiasme. Anna a lancé « Merci les soigneurs ! » Elle a trouvé une recette à réussir sur TikTok, un brownie aux cookies, ou le contraire, délice augmenté de chantilly, une authentique réussite dans l’adversité du moment.

FD

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