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L’amor du malhou (l’amour du maillot)

S1 E9

Depuis le début de « ce tantôt »comme on disait chez mamie, mes enfants sont de retour à domicileje les ai retrouvés bien « en canne » (en pleine forme), et moi, j’ai la canha (prononcer cagne, flemme), je suis déjà cané (crevé). Le confinement a eu raison de mon goût des grands espaces (lo gran costat !) et de ma patienceJe crois que je vais les mettre « à dix mètres » (quand l’arbitre aux allures de chef de gare ordonne une penalitat). Jpourrais dégoupiller et oublier mes fondamentaux non-violents, sortir le carton jaune voire le rouge, la boîte à gifles, leur faire une salade de phalanges ou leur taper dessus avec le bouclier de Brennus (trophée des champions)Ravi, lo can (chien, on peut dire aussi gos !) fait des cadrages-débordements dans le salon, les jeux imaginatifs et bruyants se démarquent, libérant quelques tumadas (coups) pour « se dire bonjour » et se réchauffer la couenne.

Ça rentre sur le côté et ça (s’)introduit de l’autre, des cris sont poussés en travers et de partout dans la maison, les rires éclatent comme des chandelles de feux d’artifice. On se croirait aux fêtes du Canon devant la jetée organisée à la mi-août par l’amicale des joyeux drolles du Rugby Club de Lège-Cap Ferret. Hil de pute ! Je rêve d'humer le parfum de l’herbe fraîchement coupée, couché sur un prat (pré) au fin fond du Lot-et-Garona ou du Pais Vascoobservant avec mes copains du Nord-Bassin en tournée de tournois les longues et blanches pajèlas (les perches) qui s’élancent dans le ciel bleu de la campagne d’ovaliecomme un défi aux toutes petites« cages » des cagaïresles buts à carrelet des terrains de chieurs pousse-beuchigue. Cette phrase est trop longue. Je demande la vidéo. À quand l’en-but (la zona de pit), notre terre promise ? 

Oui, je parle rugbi et Gasconc’est dérisoire, mais cela défoule et détend ! Je suis en état de manque de ce sport de brutes pratiqué par des gentlemen (et par quelques brutasses aussi). En troisième mi-temps, j’apprécie la simplicité de ces nounours aux allures de durs à cuir(e), la plupart doux comme des agneaux de PauillacJe ne croise plus le débonnaire spectateur béglais à Lescure (je refuse de dire Chaban), régulièrement plein comme un œuf de Pâques (pas le supportaïre, le stade)Las, lou gat es magre, la cabane est tombée sur le chien, le cochon est dans le maïs : lo pais ne vibre plus au rythme du calendrier des championnats amateurs et professionnels, le Tournoi et les coupes d’Europe tianquent dangereusement, toutes les compétitions étant suspendues. La durée de la trêve sociale et sportive est inconnueIl y a balon mort

Empruntant le vocabulaire militaire, Macron a salué la « première ligne » qui soigne, la « deuxième ligne » qui travaille et la « troisième ligne » qui se confine. Un hommage à ceux qui déménagent les pianos quand à l’arrière, ça en joue et ça brillePas mal pour un « crabos » (junior) qui fait des en-avant. Il n’est pas toujours au dessus de la mesclanha (mêléeet ça bataille dur dans les carrascladas (les « rucks » ou regroupements). « Une guerre, on s’y engage tout entier, on se mobilise dans l’unité », a-t-il dit. Cela ressemble aux mots d’un entraîneur stimulant la testostérone de ses troupes dans l’odeur camphrée et la moiteur musquée du vestiaire. Il faut durcir lo joc, sinon on va se faire marcher dessus par le numéro 19. Avec ses biscoetas, c’est un poison. C’est qui, lui ? Covida, connais pas. On va le châtier !

Ce matin, j’ai eu du mal à me relever, mais j’ai fait les courses, je n’ai pas mis de masque ni de casque. Dans les rayons, les clients pas loin du protocole commotion pratiquaient l’art de l’évitement, comme au temps du rugby de mes ascendants, quand l’union sportive marmandaise tutoyait l’élite du Groupe A (c’était avant le rugby des grandes métropoles et des massifs culbutos). Au supermarché, c’était le grand « Pardon », « Scusez-moi », « Je vous en prie », « Après vous » entre sacrés clients, on se faisait des haies d’honneur sans congratulations, en respectant bien le couloir, chacun retenant sa respiration quand un adversaire venait au contact et passait les bras. Il fallait faire la feinte du facteur (la finta de passaet à tout prix ne pas subir l’impact (big up aux coéquipiers de Belin-Béliet). La caissière m’a filé une serviette pour bien essuyer avant de faire les lancers en touches du clavier. On vient, on charge et on s’en va.

Sifflons la fin de cette tribune nostalgique de la joie de jouer. Camarades « rubipèdes », gardez le moral et l’influx. Celles et ceux qui connaissent moins ce jeu unique, ses rebonds inattendus, expressions imagées et règles opaques, auront tout le loisir de le découvrir quand nous sortirons tous du banc. Il est le symbole de l’union, du courage, de la solidarité et du combat. Ce sont des vertus dont chacun a besoin à un moment donné (avé l’accent)Dès à présentprenons l’intervalle et transformons l’assai !

FD

Les mots en italique (pas toujours bien accentués) sont en Gascon, dialecte de l’Occitan, langue à part entière parlée de l’Océan Atlantique au Piémont Italien et du Val d’Aran à l’Auvergne. Et ce n’est pas du « patois », macarèu ! Parmi les sources vives, y'a lo mastre David Escarpit, ancien pilar dreit du costat du pon de Langon.

« Les Occitans ont inventé l’amor (prononcer amour). En français, on disait « ameur ». Et, comme avec l’amour guette souvent la jalousie, ils l’ont inventée aussi. Aïe ! Le mot gelos (prononcer dgélous) est également occitan. » La cola (l’équipe) du CIRDOC, mediateca occitana, A.S. Béziers.

Ten-te fièr, adishatz.

Astuce : pour obtenir la carte de votre zone de sortie maximale d’une heure et de 1 km autour du domicile, rendez-vous sur carte-sortie-confinement.fr 

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