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Hauts les mains, bas les masques

S1 E3

Mes enfants ne sont plus avec moi pour égayer ces longues heures et apporter la fraîcheur de l’innocence à cette crise sans précédent. Ce troisième soir, je suis d’une humeur chafouine. Comme mes semblables, je dois m’adapter psychologiquement à la situation. C’est l’hécatombe dans les « clusters », ces foyers de contagion milanais, madrilènes, bavarois, alsaciens, la peur s’instille à mesure que le virus s’installe. J’entends dans les médias : « nous faisons nation », « on est chacun chez soi mais tous ensemble », « c’est notre communauté de destin, pour le pire, puis le meilleur », « nous avons l’unité nationale, à défaut d’avoir l’union sacrée. » C’est beau et bien dit, mais cela ne sonne pas toujours trèsjuste. Par exemple la fameuse « distance sociale » requise est tout à fait pertinente, mais il est également un gouffre social qui préexistait et perdurera « quoi qu’il en coûte » : celuiqui fait que des bourgeois citadins sans vergogne ont quitté les grandes villes pour prendreleurs quartiers de vacances en « province », dans leurs résidences secondaires à La Baule, Ré, Oléron, Arcachon ou au Ferret. Ils ont emporté dans leurs malles non seulement leurs hautaines attitudes et habitudes, mais aussi et surtout le risque de contagion de régions jusqu’alors épargnées. En Norvège, si tu désertes ta résidence principale pendant le confinement, tu prends une sacrée prune et peux même loger entre les murs d’une cellulesans vue sur la mer. Ici, en revanche, on stigmatise, culpabilise et verbalise le petit peuple reclus dans ses cités. Comme toujours, on envoie au front des fantassins mal équipés, on propose une prime payée par d’autres pour ces salariés de la peur et on pérore bien planqué à l’arrière en sirotant un spritz. Bien sûr, tous les dénis, toutes les dérives et bravades sont inadmissibles, ils fragilisent nos défenses, mais la désertion n’est pas l’apanage des faibles, elle est légion chez les nantis. Quand Patrick Pelloux, l’urgentiste qui en a vu d’autres, a l’optimisme de la volonté, j’ai peur d’avoir le pessimisme de l’humeur. Si la peur sauve, j’ai tout de même très peur que la panique nous tue tous. Fort heureusement, le vin est le meilleur antidépresseur naturel et les cavistes restent ouverts, national and local business as usual. Allez, on est presque sauvés ! À votre santé.
FD

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