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Distanciation sociétale

S1 E5 ET 6

Dimanche, la messe est dite. Chaque jour est férié, excepté pour les soignants. Nous en sommes au cinquième ou au « sixième jour » (c’est aussi un film méconnu de Youssef Chahine avec… Dalida, confrontée à... une épidémie de choléra au Caire... on s’en fout, c’est loin). La création des animaux, de la femme et de l’homme n’est pas à l’ordre du jou(i)r. « Il y eut un soir et il y eut un matin », comme il fut écrit dans la Genèse. On ne sait plus, avec ces jours et ces nuits identiques qui se reproduisent, ils ont toutes les apparences de la normalité, mais une épée de Damoclès se balance au dessus de notre troisième oeil. De toute manière, mon petit journal est comme moi, décalé dans le temps et le « space ». Je l’ai initié dans l’inspiration frénétique de l’instant, je le poursuis dans la confusion silencieuse du moment. Au-delà de la sidération née du confinement progressif à la française et du débat sur la responsabilité du défaut de masques, c’est le danger de mort du genre humain, l’image subliminale et symptomatique de la faucheuse, qui hantent nos esprits. Si nous devons mourir de cette pandémie, survient alors l’intention de tout mettre en ordre auparavant. Dans le jardin, le garage, les albums de photos, les paperasses accumulées, et surtout dans nos têtes. Comorbidités ou pas, « nous présentons tous des risques de contracter le virus et nous avons tous des chances d’en réchapper », paroles d’experts. Façon docte de dire que chacun peut indifféremment en crever ou s’en sortir, mais qu’un (trop) certain (grand) nombre d’entre nous (tous) va y (très) passer si on ne fait pas (très) gaffe. En France, à ce jour, un tiers des malades en réanimation a entre 40 et 60 ans. Ça me parle. Hier, les journalistes en quête de sujets originaux, mais au final quasiment identiques car ils sont issus du même formatage (je ne supporte plus les « Eh bien » des envoyés spéciaux), ont demandé aux pros du confinement, astronautes, navigateurs, leurs « trucs » pour supporter la solitude et l’enfermement. Ils auraient pu demander cela aux détenus incarcérés à la Santé et ont omis d’interviewer des dépressifs chroniques en liberté ! Tout est une question d’angle, quand il n’est pas raide mort, c’est moins fâcheux et plus sympa, ouais, grave. Je fais le jeune pour que le virus ne me trouve pas intéressant à contaminer et se détourne de ma face.

Quelques réflexions et brèves en vrac : nous sommes désormais un milliard de confinés, et moi, et moi et moi ; sur le marché de gros, la raie aurait perdu 50 % de sa valeur ; la médecine de riches a été privilégiée en UK et aux States, dans cette épidémie le pire y est à craindre pour les plus pauvres, definitely ; mon chien me regarde de travers et soupire profondément, ça sent le divorce ; je n’ai entendu personne parler de la dernière fièvre acheteuse, je suis franchement étonné ; on nous conseille de limiter l’exposition médiatique pour nos enfants, ou alors de mettre de la crème ; ma fille me demande pourquoi travailler à la maison aurait sa place si dormir à l’école n’a pas sa place, elle m’énerve ; avec tous ces joggeurs, on devrait cartonner aux JO… 2024 ; ils ont le champ libre, des animaux sauvages envahissent les rues, Le Pen exige la fermeture immédiate de toutes les frontières, surtout aux Africains ; le sperme ne pourrait pas propager le virus Covid-2019, mais pourrait transmettre le gêne de la connerie vide aux innombrables capricornes de décembre 2020 (je demande donc mon droit de retrait) ; l’expo bassins de lumière sur Klimt aux bassins à flot est reportée, il ont dû filer tous les bassins aux hôpitaux ; les magasins de bricolage restent ouverts, notamment le Brico Dépôt de Rouen, à la demande expresse d’Édouard Philippe ; le Président a envisagé la création d’un secrétariat d’État aux masques, alors qu’il existe déjà depuis longtemps, c’est celui chargé des retraites ; avec ma voisine d’en face, nous rivalisons de sollicitude envers nos voisins âgés, mais nous n’avons pas encore trouvé le bas de laine ; et le pire du pire, il vaut mieux en rire, constat brut et effarant d’un urgentiste mulhousien : « au-delà de 75 ans, on n’intube plus ». Si on pouvait aussi arrêter de nous entuber avec les grands discours, ça nous ferait des vacances ad vitam aeternam. Comme dit mon pote dessinateur de presse devenu aide à domicile (il est davantage utile pour la société, mais risque autant de se faire tuer désormais) : « Je méprise de toute façon l'union nationale depuis 1914 : on sait ce que ça a donné. » Allez en paix. Ciao. 
FD

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